Il est 16 heures ce 06 février 2019. Nous avons rendez-vous avec
l’apprenante Sanou Korotimi, la cinquantaine sonnée. C’est tout en sourire
qu’elle nous reçoit après son cours d’alphabétisation. Et pour cause, elle fait
partie des 30 femmes de l’Organisation à Base communautaire (OBC) sachant
désormais lire et écrire dans leur langue, grâce à l’appui du projet RECORDE[1] .
Pour Korotimi, savoir lire et écrire est un
rêve devenu réalité: « Lorsque nous avons
commencé la formation, je n’y croyais
pas. Aujourd’hui, je suis très fière de moi,
de cette nouvelle personne que je suis devenue. Et les
progrès que nous réalisons chaque jour me rassure que
mon illettrisme sera bientôt un simple souvenir» se
réjouit-elle, avant de poursuivre : «Aujourd’hui, j’ai la
possibilité d’écrire les noms et numéros de téléphone
des membres de ma famille, mais aussi des personnes
avec lesquelles je mène des activités quotidiennes.
C’est
une avancée dans ma vie ; j’en suis très heureuse».
Korotimi s’achemine vers une réelle appropriation de
l’écriture. Elle a appris avec succès à écrire les mots et
les chiffres dans sa langue maternelle : le dioula. Il y
a de cela quelques mois, elle dépendait de ses proches
pour enregistrer un contact dans le répertoire de son
téléphone ou y rechercher un autre qu’elle veut appeler.
Korotimi n’est qu’un exemple parmi tant de femmes
prises en charge par le programme d’alphabétisation.
« D’où vous est venue cette idée de former les femmes
à l’alphabétisation ? » Nous avons posé cette question à
Sawadogo Fidèle, coordonnateur du projet RECORDE
sur le site de Bobo Dioulasso: «L’initiative procède de
cette vision du projet RECORDE, qui vise à renforcer
l’autonomie des femmes ».
Les cours d’alphabétisation contribuent efficacement
à l’atteinte des Objectifs du Développement
durable, notamment en leurs points 4 et 5, qui visent
respectivement à « assurer l’accès de tous à une éducation
de qualité, sur un pied d’égalité », et à « promouvoir les
possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. »
L’initiative est assurément un cas d’école car elle
montre qu’il y a toujours une chance de réussir tant
qu’il y a une volonté manifeste d’apprendre et des
personnes ressources pour accompagner aussi bien
les bénéficiaires que les promoteurs.
Si dans certains
milieux, savoir lire et écrire passe pour un statut banal,
pour ces femmes du village de Pala (Bobo Dioulasso),
cela constitue une véritable lumière qui vient éclairer le
chemin de la quête d’une vraie dignité humaine : celle où
la femme connait et défend ses droits et œuvre aisément
au développement de ses enfants.
C’est pourquoi, conclut Korotimi : « J’arrive désormais
à suivre les notes des devoirs de mes enfants. S’ils n’ont
pas la moyenne j’entreprends des démarches avec les
enseignants afin de trouver une solution ». Oui en effet,
les petites lignes qui se dessinent après chaque passage
de son stylo sont pour elle des lignes d’or qui changeront
toute sa vie et celles de ses enfants.
Par Victor KOMONDI
[1] Ce projet est cofinancé par l’Agence Française de Développement. Néanmoins, les idées et les opinions présentées dans ce document ne représentent pas nécessairement celles de l’AFD.

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