lundi 30 mars 2020

Les lignes d’or de Korotimi



Il est 16 heures ce 06 février 2019. Nous avons rendez-vous avec l’apprenante Sanou Korotimi, la cinquantaine sonnée. C’est tout en sourire qu’elle nous reçoit après son cours d’alphabétisation. Et pour cause, elle fait partie des 30 femmes de l’Organisation à Base communautaire (OBC) sachant désormais lire et écrire dans leur langue, grâce à l’appui du projet RECORDE[1] .


Pour Korotimi, savoir lire et écrire est un rêve devenu réalité: « Lorsque nous avons commencé la formation, je n’y croyais pas. Aujourd’hui, je suis très fière de moi, de cette nouvelle personne que je suis devenue. Et les progrès que nous réalisons chaque jour me rassure que mon illettrisme sera bientôt un simple souvenir» se réjouit-elle, avant de poursuivre : «Aujourd’hui, j’ai la possibilité d’écrire les noms et numéros de téléphone des membres de ma famille, mais aussi des personnes avec lesquelles je mène des activités quotidiennes.

 C’est une avancée dans ma vie ; j’en suis très heureuse». Korotimi s’achemine vers une réelle appropriation de l’écriture. Elle a appris avec succès à écrire les mots et les chiffres dans sa langue maternelle : le dioula. Il y a de cela quelques mois, elle dépendait de ses proches pour enregistrer un contact dans le répertoire de son téléphone ou y rechercher un autre qu’elle veut appeler. Korotimi n’est qu’un exemple parmi tant de femmes prises en charge par le programme d’alphabétisation. « D’où vous est venue cette idée de former les femmes à l’alphabétisation ? » Nous avons posé cette question à Sawadogo Fidèle, coordonnateur du projet RECORDE sur le site de Bobo Dioulasso: «L’initiative procède de cette vision du projet RECORDE, qui vise à renforcer l’autonomie des femmes ».

 Les cours d’alphabétisation contribuent efficacement à l’atteinte des Objectifs du Développement durable, notamment en leurs points 4 et 5, qui visent respectivement à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité », et à « promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. » L’initiative est assurément un cas d’école car elle montre qu’il y a toujours une chance de réussir tant qu’il y a une volonté manifeste d’apprendre et des personnes ressources pour accompagner aussi bien les bénéficiaires que les promoteurs.

 Si dans certains milieux, savoir lire et écrire passe pour un statut banal, pour ces femmes du village de Pala (Bobo Dioulasso), cela constitue une véritable lumière qui vient éclairer le chemin de la quête d’une vraie dignité humaine : celle où la femme connait et défend ses droits et œuvre aisément au développement de ses enfants. C’est pourquoi, conclut Korotimi : « J’arrive désormais à suivre les notes des devoirs de mes enfants. S’ils n’ont pas la moyenne j’entreprends des démarches avec les enseignants afin de trouver une solution ». Oui en effet, les petites lignes qui se dessinent après chaque passage de son stylo sont pour elle des lignes d’or qui changeront toute sa vie et celles de ses enfants. 
                                                                                                                Par Victor KOMONDI

[1] Ce projet est cofinancé par l’Agence Française de Développement. Néanmoins, les idées et les opinions présentées dans ce document ne représentent pas nécessairement celles de l’AFD.

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