lundi 29 février 2016

Karine, la vocation d’aider.


Karine est une charmante jeune fille âgée aujourd’hui de 16 ans. Elle a perdu sa mère très tôt, tandis que l’on était sans nouvelle de son père. Elle a donc été accueillie par sa grand-mère maternelle. Malheureusement, en raison de son grand âge et de son indigence, cette dernière n’était pas à la hauteur des soins nécessaires pour sa petite fille. L’enfant a vite perdu le sourire. Elle devenait chaque jour un peu plus malheureuse quand elle a été admise au Village d’Enfant SOS  Dafra, le 23 Décembre 2005.
A partir de ce jour une nouvelle vie a commencé pour Sévérine. Dix années après, elle se   rappelle encore de son premier jour au village : « Le jour de mon arrivée au village, j’ai eu droit à un accueil de rêve de la part de ma  mère, mes frères et sœurs SOS et de toute la communauté villageoise. Je ne savais pas que je pouvais bénéficier d’autant d’amour d’autrui. C’était la première fois de ma vie que je me sentais vraiment aimée et importante».  Cet accueil l’a ainsi aidée à bien s’intégrer dans la famille. C’est sans peine qu’elle est arrivée à se faire accepter par ses frères et sœurs. En toute confiance et avec grande joie, elle s’est laissée « adopter » par sa mère SOS. Cette dernière s’est occupée d’elle comme d’une fille biologique.  Pour les vacances scolaires, elle n’avait pas d’attache familiale vers qui voyager. C’est sa mère SOS qui rentrait avec elle dans sa propre famille, lui offrant ainsi  le plaisir d’un voyage et d’un séjour dans une famille.  Si bien qu’elle doit son enfance épanouie à sa maman SOS.
En octobre 2013, Karineest une adolescente qui a réussi à l’examen de son premier  diplôme (Certificat d’Etudes Primaires). Elle est admise au programme d’encadrement des jeunes de Bobo-Dioulasso. Elle a donc quitté la concession familiale pour rejoindre une tante retrouvée entre temps, qui habite non loin du village. Karine entretien toujours de bonnes relations avec sa mère SOS à qui elle rend fréquemment visite. Celle-ci lui vient encore en aide à travers affection, conseils, et présents. 
Elève en classe de 5ème, Sévérine veut exercer un métier grâce auquel elle pourrait venir constamment en aide aux autres. Elle rêve ainsi de devenir infirmière afin de soigner les malades et d’être plus proche des autres pour les aider.
Au sein du programme d’encadrement des jeunes, Karineparticipe aux différentes activités organisées au profit des jeunes. Elle a participé à la  première édition du  camp de leadership et de développement personnel tenu les 4 au 8 septembre 2015 à Bobo-Dioulasso. Ledit camp a regroupé durant 5 jours, 105 jeunes bénéficiaires.  
Pour Séverine, le camp été un véritable moment d’émotion, un moment de rencontre, de partage et de découverte. Non contente d’être sortie de sa réserve, elle sort de cette expérience grandie grâce à la rencontre des autres camarades. Pour preuve, elle a su interpréter une chanteuse burkinabé lors de la soirée culturelle du camp. Elle témoigne aussi que les différentes thématiques abordées se sont avérées importantes pour elle, surtout celle relative à la santé sexuelle. Elle se souvient par ailleurs de la visite de la vieille mosquée de Dioulassoba, et de celle  au village sacré de Koro.  Elle remercie énormément les éducateurs qui ont bien voulu initier ce camp et souhaite que cela puisse se poursuivre les années à venir.




jeudi 25 février 2016

Christelle, ou le parcours d’une vie atypique.


Christelle quelques mois après son admission au Village de bobo
Dans le village de Kiri dans la province du Mouhoum,  situé à près de 600 km de Ouagadougou la capitale politique du Burkina Faso, vit un jeune père du nom de Henri  Naba. Henri est un jeune père de famille ; outre les travaux champêtres, il exerce de petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Avec son épouse Blandine, ils ont deux enfants dont Georges quatre ans  et  Christelle, la petite dernière d’un mois. Cette famille, comme  des milliers d’autres au Burkina,  vit le train-train quotidien jusqu’au jour où trop trempée par les eaux, la case en banco qui loge la famille s’écroule,  exposant celle-ci  aux affres de la saison pluvieuse. Armé de courage  le père entreprend de reconstruire un nouvel abri, les quatre sont relogés grâce à la solidarité des voisins. Mais comme si la première épreuve ne suffisait pas, voilà que de nouveau, la case des quatre est de nouveau emportée par les eaux de la saison hivernale. L’enchainement des événements dans la famille de Henri le laisse interrogateur sur son sort.  Ses questions  ne trouvant pas de réponse,  il verse dans le fatalisme. Ce cycle de malheur semble être pour lui un signe annonciateur d’un malheur plus grand.
Pour Henri, la seule manière de rompre ce cycle est l’exode. Il décide ainsi de quitter le village pour la capitale, Ouagadougou, fondant leur espoir que le rêve burkinabè est à Ouagadougou. Mais tout rêve à sa part de surprise. Et c’est à ses dépens que le jeune père de famille découvrira les limites de l’hospitalité en ville, qui ne lui a donné que des cauchemars.
En effet, de nombreux brefs séjours dans des familles des parents de sa femme se soldent par un désenchantement. Cette expérience amère lui inspire une autre aventure. Ayant échoué à Ouagadougou, et décidé à ne plus retourner dans son village, contre l’avis de sa femme, il décide d’aller à Bobo-Dioulasso la capitale économique, cette fois – ci en compagnie de l’ainé Georges. La femme, elle, est restée à Ouagadougou avec le nourrisson.
Une fois arrivé à Bobo-Dioulasso ne connaissant personne, ils cherchent une maison en vain. Que faire donc en pleine saison hivernale ? Il faudra bien trouver un abri où loger. Après maintes recherches ils trouvent finalement un camion abandonné. C’est sous cette voiture laissée à l’abandon depuis des années  que Henri et son fils aîné Georges élurent domicile. La question du logement résolue, il restait désormais à trouver de quoi s’alimenter, ainsi que les autres besoins naturels. Chaque jour, ils s’abandonnaient ainsi à la providence.
Qu’est devenue sa femme Blandine restée à Ouagadougou ? Un mois après le départ de Ouagadougou, la femme de Henri décède. Après le décès de Blandine, le nourrisson, une fille du nom de Christelle que cette dame abandonne, tombe gravement malade.  Elle venait d’avoir seulement trois mois, le bébé fut ramené à son père  à Bobo-Dioulasso.
Désormais, il avait en charge ses deux enfants à élever sous la voiture abandonnée. Les conditions d’une telle vie sont difficiles à supporter avec un bébé de trois mois en plein mois de juillet où la pluviométrie est plutôt abondante. Tous les deux enfants sont exposés aux maladies et Christelle ne tardera pas à attraper la teigne qui va ronger son cuir chevelu, son front et une grande partie de son visage, la  rendant presque méconnaissable. Christelle, très malnutrie, était devenue une fresque de la misère familiale.
Dès lors la famille de Henri n’est plus qu’une scène pathétique qui retient l’attention de certains passants du quartier. Parmi ces passants, une enseignante n’ayant pas pu supporter la misère de  ces enfants, décide de prendre le bébé. Après quelques jours  à la recherche d’une structure qui l’accueillerait, elle fait la découverte providentielle de SOS Villages d’ Enfants à Bobo-Dioulasso, dans le quartier Sarfalao,  commune de  Dafra.
Parvenue aux portes du Village d’Enfants SOS, l’institutrice parvient, à coups de supplications, à faire admettre le bébé de trois mois. Pour la Maman SOS,  la première nuitée avec sa future enfant est un long moment de compassion. La Maman SOS ayant été sensible à l’état critique de l’enfant, ne put retenir ses larmes, la première nuit fut celle des larmes de la Mère SOS et des vomissements de Christelle. Allait – elle survivre ?
Comme si le malheur ne venait jamais seul, le chargé de l’accueil familial tient tout de même au respect des règles d’admission des enfants. Il envisage même un retour du bébé dans l’attente de la traditionnelle enquête.  Dans les pleurs, la Maman SOS attire l’attention du responsable de l’accueil familial que l’enfant risquerait de perdre la vie si elle retournerait  vivre sous le camion. Elle s’est donc opposée de façon catégorique. Quelques jours après son admission, l’enquête a permis d’accueillir son frère aîné Georges.
Que devient alors le père des deux enfants ? L’institutrice qui a retrouvé les enfants, lui a trouvé un travail  d’éboueur. Ce travail lui permet à peine de vivre, les difficultés qu’il vit le pousse vers l’abus d'alcool. Il erre  donc de cabarets en cabarets dans l’espoir de noyer ses soucis.

Si Henri pouvait avoir quelque lucidité pour apprécier les bons résultats scolaire de Georges et de Christelle ! Leur maman SOS a  su leur donner le goût de la vie. Elle est une maman exemplaire qui donne de l’affection et de précieux accompagnements pour la réussite de ses enfants SOS. Georges et Christelle sont d’excellents petits écoliers dont on se disputerait la paternité.
Christelle et sa Mère SOS
Le visage  souriant de Christelle aujourd’hui est comparable  à la beauté des pétales d’une fleur aux milles couleurs qui s’ouvre à la nature au contact de la rosée du matin. La page des difficultés est maintenant tournée à jamais. Avec les autres enfants du village, ces deux enfants sont bien intégrés et sourient à la vie.

mardi 23 février 2016

Sonia, la fille de Alima


Sonia souriante entre les bras de sa Tante SOS à Ouagadougou



Sonia est la plus jeune de la famille 8 du Village d’ Enfants SOS de Ouagadougou ; elle a toute l’attention de sa Maman SOS, de ses frères et sœurs, ainsi que de sa Tante SOS.  L’accueil et l’amour qui lui ont été réservés dès son entrée ont  favorisé son intégration.C’est une fillette qui ne manque pas d’humour ; elle a aussi le sourire facile.  A l’instar des  autres enfants du Village, elle vit aujourd’hui une belle expérience qui s’illumine à chaque fois qu’elle reçoit la visite de sa maman biologique et les collaborateurs de SOS. Alima, épileptique, ne pouvait rêver meilleur sort pour sa fille née orpheline, et surtout albinos dans un milieu où ce handicap expose le sujet à de nombreuses frustrations : stigmatisation, humiliations, incriminations diverses, voire élimination pure et simple.La naissance de cette fille –là fut la surprise de trop qui mit fin à la joie d’une maternité rêvée le temps de la grossesse. La surprise fut particulièrement douloureuse puisqu’elle en rajouta à la disparition du père de l’enfant, survenue trois mois plus tôt. Le père parti a laissé une épouse inconsolable, sans ressources et livrée à la débrouille quotidienne. Les maigres ressources, étaient naguère tirées des travaux champêtres qui, par ces temps de changements climatiques, sont évidemment symboliques. D’ailleurs, les conditions de vie de sont pas toujours faciles dans un pays où la pluviométrie est parfois capricieuse.  La récolte catastrophique de la dernière saison pluvieuse ne favorisa rien. La famille vivait désormais sous la menace constante de la faim quand les vivres viendraient à finir avant la période dite "de soudure".   Plus proche de la jeune mère, vivait sa mère, 70 ans, quasi impotente et sans le sou.Ainsi donc, envers et contre tout, Alima devrait prendre soin de son futur enfant toute seule.  L’inquiétude du départ brutal de son mari n’était pas le seul souci. Qu’adviendrait-il de son enfant ? L’épilepsie est une maladie assez grave qui provoque de violentes convulsions et une perte momentanée de connaissance. Elle l’avait en elle. Elle le vivait. Qu’arriverait – t -il à l’ enfant en cas de crise de sa mère à l’accouchement ou même après?La future maman était maintenant loin de la joie de la maternité, un des moments les plus agréables dans la vie d’une femme.Mais un de ces quatre matins, Sonia vient au monde, marquée à la fois du sceau de son albinisme, signe de malédiction dans ce milieu rural, et de la pauvreté d’une mère. Une mère malade. Un cas qui retient l’attention des services de l’Action Sociale qui le soumet à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. Enquête sociale faite, Sonia est admise dans une Famille SOS.  

Au détour d’une situation difficile, peut se révéler une main tendue qui trace les chemins d’un bonheur inattendu. Ce bonheur qui est possible grâce à l’engagement de personnes qui ont  tout donné pour des enfants, afin qu’ils  vivent les rêves de leur âge. Des personnes qui paient d’une abondante sueur de bonnes conditions de vie des Enfants SOS. Ce sont ces mécènes, ces parrains ;  et aussi ces mères, ces tantes, ces éducateurs dont les larmes sont souvent l’alerte d’un danger dans leur famille SOS. 
Comme la voie lactée dans le ciel, les multiples sourires innocents  de ses enfants vulnérables scintillent dans le cœur de  ceux qui les voient. Quel tableau du monde ! Que de raisons de croire qu’un autre monde est possible pour tous les enfants. Un monde où aucun enfant ne devrait vivre seul

Qui veux la paix, prepapre la paix


Cette citation n’est  pas de moi, elle est de Monseigneur Andrea Pio Cristiani Dans son discours (l’Ossessione della pace)  adressé aux jeunes victimes de guerre, Mgr Andrea s’insurge contre le vieux diction « si vis pacem, para bellum » ‘’Si tu veux la paix prépare la guerre,’’ qui selon lui n’a jusque là apporté que désolation. Pour ce dernier la sauvegarde de  la paix, passe par le changement de mentalité d’où la nécessité et l’urgence de remplacer le vieux diction par celui – ci : « Si vis pacem para pacem. » ‘’Si tu veux la paix prépare la paix’’ , ainsi Monseigneur Andrea Pio Cristiani, nous oriente vers une nouvelle façon de rechercher la paix véritable.
Le sujet de la paix a  intéressé  et intéressera tous les peuples  de l’humanité, parce qu’elle est le seul gage pour un développement intégral harmonieux. Mais depuis des siècles, des  démarches ont été entreprises pour trouver la paix, en vain. La preuve, de nos jours, en Afrique au moyen orient, des populations innocentes payent toujours de lourd tribut imputable aux  erreurs de leurs dirigeants qui espèrent fonder la paix en faisant entendre le crépitement des armes. Si les armes étaient la solution  à la Paix, les Irakiens,  les Congolais, les Palestiniens et les Israéliens auraient séché leurs larmes depuis belle lurette. Malheureusement  le constat est tout autre.
Voilà pourquoi cette nouvelle pensée, semble être en notre sens le plus beau chemin  dans la marche vers la Paix : « qui veux la paix prépare la paix. » Vouloir construire la paix en avançant sur le terrain de la guerre, c’est faire fausse route. De nos jours, le problème de la guerre, véhiculé par la face cachée de la mondialisation, a de quoi susciter une indignation. En effet selon les chiffres donnés par Amnesty International et Control Armes à travers le film Armes trafic et raison d’Etat, de nos jours 700 millions d’armes sont en circulation dans le monde, dont 2 millions au Congo. L’industrie de l’armement fabrique chaque année,  14 milliards de balles, dont 2 balles pour chaque être humain. Et le plus étonnant : le chiffre d’affaire  du trafic illégal des armes, s’élève au bas mot, 1 200 milliards de dollars, une vraie honte  pour l’humanité !
Dans la recherche de la Paix, de nombreuses personnes  et organisations se sont engagées, y compris l’Église. C’est d’ailleurs dans un monde en pleine crise que le Pape Jean XXIII  a écrit le 11 avril 1963, l’Encyclique " Pacem in Terris", paix sur la terre, dans lequel il déclarait : « La justice, la sagesse, le sens de l'humanité réclament  qu'on arrête la course aux armements… la proscription de l'arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d'un commun accord et accompagné de contrôles efficaces […]La paix rend service à tous …Il résonne encore à nos oreilles, l'avertissement de Pie XII : « Avec la paix, rien n'est perdu ; mais tout peut l’être par la guerre . » une année après l’encyclique Pacem in terris , le jeune Marthin Luther King, recevant à Oslo le prix Nobel de la Paix remarquait que la question politique et morale cruciale de notre époque c’est  le besoin de l’homme de dépasser l’oppression et la violence sans faire appel à la violence et à l’oppression. Martin Luther King, Mâhâtmâ Gandhi, Jean Paul II, Frère Roger de Taizé, Mère Teresa de Calcutta,  tous ont reconnu que la violence comme solution pour résoudre les crises, c’est  en créer d’autres crises encore plus désastreuses.
 Les efforts de Barack Obama, notamment sa main tendue vers les musulmans, sa ferme détermination à « voir le jour où les armes nucléaires auront été éliminées de la surface de la terre » lui a valut le prestigieux Prix Nobel de la Paix. Quoi de plus beau que de travailler pour assurer aux jeunes générations, un avenir meilleur. Mais ne nous y trompons pas, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre.

Oui, la paix, au sens d’absence de guerre, ne signifie pas grand chose pour quelqu’un qui est en train de mourir de faim ou de froid. Elle ne soulagera en rien les souffrances d’un prisonnier politique soumis à la torture. Elle n’apportera aucun réconfort à ceux qui ont perdu des êtres chers dans les inondations causées par un déboisement incontrôlé, et un réchauffement de la planète par les pays industrialisés . La paix ne peut s’installer de façon durable que là où les droits de l’homme sont respectés, où les gens ont de quoi manger, où individus et nations sont libres
Le pape Paul VI l’a signifié dans son célèbre Encyclique Popolorum Progressio que le développement est le nouveau nom de la Paix..  Voilà pourquoi des structures comme Fondacio, et bien d’autres s’engagent dans les pays pauvres pour donner plus de dignité à ceux qui en sont dépourvu. La meilleure solution pour la recherche de la Paix, c’est d’abord la Paix. .
Répondre à la provocation par un sourire, n’est pas irréalisable. Car si la violence est le langage des animaux  parce que muent  par leurs instincts,  le langage des hommes est celui de l’amour.  En chaque être humain, créé à l’image de Dieu,  le divin cherche à chaque instant un terrain d’expression. La tolérance, le Pardon, la non – violence, ne sont pas des actes de lâcheté, mais les vertus divines qui réclament un courage et un dépassement de l’animal en nous. 
 Avant de souhaiter la paix  entre les nations, il est important  de savoir que la véritable paix commence d’abord en soi-même,  dans le plus  profond secret de notre cœur.   Semons la paix, là où nous sommes : dans notre famille, dans nos lieux de travail, en des  personnes que nous rencontrons sur la route,  dans le  sourire que l’on peut donner à celui qui en attend le moins. Pour trouver la Paix, non de nom, mais vrai de vrai, Il faudra d’abord passer par la paix. Car « qui veut la paix prépare la paix »




 Victor KOMONDI

La problématique de la philosophie africaine, le procès de l'ethnophilosophie



Le retard économique de l'Afrique et sa mal gouvernance ne sont pas les seuls points de marginalisation du continent. Cette flagellation de l'Afrique est imputable aussi à ses productions scientifiques. Dans bien de domaines de la réflexion, l'Afrique est toujours victime de ségrégation vis-à-vis de certaines institutions philosophiques européennes. En 1945, des thèses négativistes et primitivistes vont voir le jour avec Lévy-Bruhl et David Hume. Ces penseurs se fondent sur le fait que le monde est composé de sociétés à degrés inégaux d'évolution. Le summum de cette évolution étant la civilisation représentée par des sociétés occidentales ; toutes les autres sont inférieures, primitives, de ce fait ces sociétés n'ont pu s'élever à la conceptualisation et partant à la philosophie, puisqu'elles sont inférieures et réglées selon une mentalité mystique prélogique. Dans The Philosophical works of David Hume, l'auteur David Hume fait l'exposé de la limite de l'intelligence des Noirs : "Je suspecte les Nègres et les autres espèces humaines d'être naturellement inférieures à la race blanche. Il n' y a jamais eu de nation civilisée d'autre couleur que la couleur blanche ni d'individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion… Il n'y a chez eux ni engins manufacturés, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a des nègres esclaves dispersés à travers l'Europe ; on n'a jamais découvert chez eux le moindre signe d'intelligence". De par ces préjugés, Hume et ses compères excluent chez les Noirs la capacité d'avoir une pensée discursive dont l'expression la plus indiscutable de la pensée profonde est la philosophie. Hegel ira plus loin que Lévy-Bruhl et David Hume. Pour ce philosophe prussien, l'expression profonde de toute philosophie ne peut se faire que chez des sujets libres. Selon Hegel, non seulement le Noir africain n'a ni raison ni liberté, il est à la périphérie de l'Histoire universelle : "L'Afrique, aussi loin que remonte l'histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ; c'est le pays de l'or, replié sur lui-même, le pays de l'enfance qui, au-delà du jour de l'histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noire de la nuit… c'est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire universelle[…] Le Nègre représente l'homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline ". Cette vision raciste de Hegel sera soutenue par d'autres auteurs qui pensent que la mentalité du Noir n'est dominée que par la magie, les contes et les mythes d'où son incapacité à produire un discours logique qui pourrait être qualifié de philosophie. L'activité rationnelle serait étrangère à l'Africain. Or la philosophie est une activité rationnelle, en tant que telle, sa naissance et son existence supposent le dépassement des mythes, des croyances mythologiques et populaires et l'existence de la logique. C'est de par ces préjugés que les autres peuples ont été exclus de l'histoire de la philosophie. Voilà pourquoi Martin Heidegger n'a pas hésité à affirmer dans son oeuvre Qu'est -ce que la Philosophie, que "la Philosophie est par essence grecque et marche devant l'Europe-Occident". 
Cet ethnocentrisme va pousser des penseurs Africains et d'ailleurs à la réaction.
L'idée de philosophie africaine: l'ethnophilosophie
Bien que ce ne soit pas le premier écrit qui fait l'éloge de la réflexion philosophique de l'Afrique, l'oeuvre de Placide Tempels, missionnaire au Katanga, intitulé La philosophie bantoue parue en janvier 1945, va briser la glace du silence et permettre une nouvelle orientation de la Philosophie africaine. Le Révérend Père Placide a écrit ce livre à partir des découvertes de plus en plus riches. Missionnaire belge envoyé au Congo, il cherchait d'abord un point de ralliement entre la culture baluda et l'évangile. Une fois cette corrélation établie, il pourra maintenant transmettre aisément le message biblique. C'est dans cette étude qu'il va faire l'une des découvertes les plus inouïes. Inouïes pour lui, parce qu'il partait du postulat, véhiculé par les préjugés racistes, négativistes, selon lequel l'Africain est idiot. De l'observation qu'il va faire des mythes, légendes et contes, il aboutira à une conclusion de l'être comme force. "Je crois serrer de plus près la vérité si je définis la notion d'être du primitif : l'être est force. Pour le Bantou, la force n'est pas un accident, c'est même bien plus qu'un accident nécessaire, c'est l'essence même de l'être en soi. Pour lui, la force vitale, c'est l'être même tel qu'il est, dans sa totalité réelle actuellement réaliste et actuellement capable d'une réalisation plus intense". Louis- Roi- Boniface Attolodé dans l'idée de philosophie africaine fera le commentaire de cette découverte de Tempels en montrant l'écart différentiel par rapport à la conception occidentale, statique de l'être, l'idée de force vitale donnant une connotation dynamique à l'être, surtout si l'on y adjoint les trois principes qui sont corrélés. Le premier indique que la force croît et décroît et est donc d'une intensité variable. Le second fait état de la possibilité pour une force supérieure de "déforcer" ou de "renforcer" une force inférieure. Le troisième est une hiérarchisation des êtres : au sommet du clan se trouve "la force suprême" (Dieu), après vient les "archipatriaches", créateurs du clan, puis "les défunts par ordre de progénitures", ce qui fait que le mort d'il y a un mois a plus de force que celui d'hier, puis les "hommes vivants" ensuite les "animaux et végétaux", enfin les minéraux. A la suite de Tempels, le philosophe rwandais Alexis Kagamé, auteur de deux ouvrages dont La philosophie bantoue-rwandaise de l'être et La philosophie bantou comparée, va plus loin en comparant des équivalents linguistiques, ce qui lui a permis de dégager des éléments de la philosophie africaine, faite d'une logique rigoureuse, reconnaissant les catégories aristotéliciennes, avec une ontologie spécifique. L' Abbé Alexis Kagamé retiendra que les mythes et proverbes ne sont pas à exclure de la philosophie, ce sont des richesses de la philosophie collective, implicite, spontanée. Au regard de cette analyse de Kagamé, il semble ressortir que l'Africain fait de la philosophie sans le savoir : "Nous ne prétendons pas que les bantous soient à même de nous présenter un traité de philosophie, exposé dans un vocabulaire adéquat (…) C'est nous qui pourrons leur dire, d'une façon précise, quel est le contenu de leur conception des êtres, de telle façon qu'ils se reconnaissent dans nos paroles, et acquiescent en disant : "tu nous a compris complètement, tu ''sais'' à la manière dont nous ''savons''" Même si les œuvres de Tempels et de Kagamé ont été très bien reçues en occident par d'éminents philosophes (Gabriel Marcel, Gaston Bachelard, Louis Lavelle) comme une preuve tangible d'authentification de la philosophie africaine, leurs idées n'échapperont pas à de vives contestations par des philosophes africains qui ont baptisé la philosophie africaine telle que présentée par Tempels et Kagamé d'ethnophilosophie.
L'ethnophilosophie au crible de la critique

Ils sont nombreux les intellectuels africains à s'être insurgé contre l'œuvre de Tempels : Parmi eux figurent Aimé Césaire, Mudimbé, Fabien Eboussi Boulaga, Paulin Hountondji, N'joh Mouellé, Marcien Towa. Ces derniers ont fait front commun pour fustiger cette doctrine qu'ils jugent de pseudo- philosophie. Du point de vue de Marcien Towa, le but de Tempels n'est pas un but philosophique, mais un but hautement religieux. Car il tenait à trouver une nouvelle méthode de christianisation et de colonisation. Ainsi, la philosophie bantoue s'inscrivait-elle dans une tradition d'évangélisation, de domination économique, politique et culturelle de l'Afrique. Ajoutons à cela que Tempels n'est ni Africain, ni philosophe. Marcien Towa, Paulin Hountondji et Eboussi Boulaga vont reprocher à Tempels d'avoir pratiqué un genre ambigu qui n'est ni de l'ethnologie, ni de la philosophie, mais d'ethnophilosophie qui consiste à attribuer à tout un peuple une pensée populaire, collective, unanime. Selon ces derniers, il s'agit là de l'unanimisme. 
En utilisant le terme d'"ethnophilosophie", Marcien Towa veut montrer que l'ethnophilosophie n'est rien d'autre qu'un mouvement de réaction, tout comme la Négritude sa devancière. Selon Towa, c'est à l'Afrique d'apporter à l'histoire, la foi et l'idée que le monde du savoir n'est pas seulement livré à l'Occident, qu'il n'appartient pas non plus au hasard. "Nous n'avons pas d'autre but que d'éliminer le hasard. Nous devons chercher dans notre histoire, un but universel pour nous réaliser dans l'existence et développer nos propres personnalités". L'homme africain doit s'efforcer de comprendre fidèlement l'histoire, d'appréhender le vrai car le vrai ne doit pas résider seulement dans la superficie sensible comme nous l'ont fait croire la Négritude et l'Ethnophilosophie.

Vers une Afrique philosophique
Dans les domaines de la littérature de l'art, de la musique et du sport, les prouesses des Africains sont irréfutables tant les richesses produites sont évidentes. Parfois ces exploits sont à l'honneur des communautés occidentales, qui prennent à leurs comptes les productions des Africains, en faisant fi de leurs origines après les avoir adoptés par la nationalité octroyée. L'exemple du philosophe Ghanéen du XVIIIe siècle, Antoine Guillaume Amo, élevé dans la culture allemande qui a été auteur d'œuvres philosophiques au même titre que les philosophes allemands de cette époque, prouve bien que n'importe quel homme, originaire de n'importe quelle culture, formé dans les mêmes conditions, peut accéder aux mêmes aptitudes, aux mêmes capacités de création ou d'invention. Nous vient alors l'épineuse question de savoir pourquoi autant de mal à reconnaître la réalité philosophique de l'homo africanus. 

Très souvent, l'Afrique retourne dans son passé glorieux à travers l'Egypte pour tenter de prouver la capacité du Noir à mener des réflexions cartésiennes. Aujourd'hui, cette réflexion est à dépasser. Car si l'Egypte est à prendre en compte, ce débat sur la philosophie africaine n'a plus sa raison d'être. Car l'Egypte à elle seule suffit pour démontrer l'existence d'une philosophie spécifiquement africaine. De par les productions des maximes comme les Égyptiens Imhotep (2800 avant J.-C), Ptahhotep, Djordedef, etc., qui ont produit des œuvres intellectuelles considérables pouvant être qualifiées de philosophie. Qu'on pense à Ptahhotep dont les maximes de sagesse nous sont parvenues en totalité. Son livre est d'ailleurs considéré comme le premier du monde. Je ne m'attarderai pas sur les thèses de Cheikh Anta Diop, déjà très bien développées dans l'article de Monsieur Merneptah Noufou ZOUGMORE, intitulé : "Peut-on parler de philosophie africaine ?" paru dans le n° 157 du 10 février 2009. On pourrait prolonger la liste en rappelant l'apport de l'éminent savant Théophile Obenga qui a émerveillement démontré que le Platonisme par exemple, notamment à propos de sa doctrine de l'immortalité de l'âme est redevable à l'Egypte. 
Certes, l'héritage égyptien est un axe incontournable dans l'histoire de l'Afrique. Cependant, la question de la philosophie africaine si elle doit mériter le débat qu'on lui consacre, elle doit faire le deuil du passé et assumer le présent. Oui l'Afrique ne doit pas compter seulement sur le passé égyptien, car cette Egypte là a totalement disparu. Selon Dominique Folscheid, elle s'est retrouvée ailleurs: "L'Afrique n'était plus en Afrique. Que lui est-il resté de son héritage disparu ? Des traces laissées dans ses langues locales, mais rien de l'hypothétique conceptualité d'origine. On expliquera la chose comme on voudra, le résultat est là : l'Afrique a égaré la rationalité philosophique au cours de son cheminement historique. Elle n'a renoué avec elle que tardivement, à l'occasion des invasions européennes. Mais elle n'a pu le faire qu'en partant des miettes tombées de la table du vainqueurs". Aujourd'hui, il est certain que le travail revient aux philosophes africains de restaurer ou de ressusciter sa pensée discursive d'antan. 


Les réflexions ont commencé à porter du fruit. Car même si le mythe grec a malheureusement engendré une arrogance intellectuelle déplorable et une tendance négationniste chez beaucoup de philosophes européens vis-à-vis des peuples étrangers, ils oublient le fait que l'origine de la pensée grecque était essentiellement une littérature orale, comme c'est le cas aujourd'hui de l'Afrique. D'ailleurs, Socrate qui est l'une des colonnes de la philosophie grecque, n'a jamais écrit le moindre mot. Mentionnons fortement que le même Socrate pratiquait la kataklisis (qui consistait à se coucher toute la nuit sur une peau de bête pour "incuber"), qu'il entendait des voix, dont celles de son daimon, et qu'il avait des extases mystiques ? Que juste avant de boire la ciguë, il avait demandé à ses disciples de sacrifier pour lui le coq qu'il devait encore à Asclépios, dieu de la médecine ? Que Pythagore et Empédocle cultivaient ce qu'on appelle aujourd'hui le chamanisme ? Que tous les Grecs parlaient d'âmes volées et de Bildseele, l'âme qui double l'être vivant ? Qu'ils ont élaboré et pratiqué la science des rêves et des visions? Toutes ces pratiques renvoient à la tradition africaine. Il ressort alors de manière aisée que l'Afrique peut mettre à profit ses richesses culturelles, mythologiques, anthropologiques pour en tirer une bonne dose de substance philosophique spécifiquement africaine. Pierre BAMOUNY ne réfute pas cette idée. Pour ce professeur de Philosophie de Dakar, la science physique elle-même est née des cosmologies et cosmogonies primordiales. Ce qui signifie que, pour l'Afrique aussi, la voie est libre pour nous enrichir des mythes surtout, des contes et de la littérature orale de nos communautés originaires afin de pouvoir par après entreprendre des élaborations profondes qu'ils nous autorisent en tant que visions spécifiques du monde. Une philosophie née des mythes est une philosophie en soi inépuisable ; d'autant plus que tout n'est pas encore explorée malgré les progrès de la science. De ce fait, nous remarquons que l'ethnophilosophie, même si elle est critiquable, elle n'est pas à balayer du revers de la main. Car les mythes permettent une riche et diverse interprétation d'eux-mêmes et des réalités qu'ils fondent. À partir du fond inépuisable des mythes, il est encore possible de créer des mondes, de renouveler les choses, d'engendrer des philosophies et des connaissances immaculées. Nous pouvons aussi puiser une grande philosophie esthétique de la profonde sensibilité de notre art, surtout de la sculpture. Toutes les belles productions artistiques des sociétés africaines sont une source inexhaustible d'inspiration philosophique.


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