mercredi 11 juillet 2018

Le SINEA, un salon unique pour l’enfance


Les associations et ONG agissant dans la protection de l’enfance ont depuis juin 2014 leur cadre régulier de rencontre, le Salon International de l’Enfant et de l’Adolescent de Ouagadougou(SINEA). Les maîtres-mots de cette plate-forme sont : synergie, partage, , réflexion sur l’état des lieux.  Son promoteur, l’Association pour le Bien-être de l’Enfant et de l’Adolescent d’Afrique (ABE2A), un partenaire de SOS VE (SOS Village d’Enfants) est un acteur de la promotion des droits de l’enfant, qui traduit son œuvre par la mise en place de conditions favorables l’épanouissement de ses bénéficiaires, ce qui devra, à terme, en faire des adultes accomplis.

 Viendra ensuite la 2ème édition  du 17 au 20 novembre 2016, au Palais de la Culture Jean-Pièrre Guingané. Le thème de l’édition, « Protection de l’Enfant et bonne gouvernance » a été porté et âprement défendu par des personnalités sollicitées pour accompagner l’événement: le Ministre de la Femme, de Solidarité Nationale et de la Famille; Mme Sika Kaboré, Epouse du Chef de l’Etat ; Alif Naaba, artiste musicien, ambassadeur du SINEA. Et au final, un carnet d’adresses  de plus d’une centaine d’acteurs engagés dans les questions de l’enfant et de l’adolescent : juristes, forces de l’ordre, artistes, parents, enfants et adolescents, institutions internationales, ONG et associations universitaires, autorités, acteurs de la société civile, tous mobilisés pour renforcer le système de la protection des enfants au  Burkina et ailleurs en Afrique).
Entre autres préoccupations exprimées par les animateurs du salon, figurent le phénomène des enfants dans la rue ; la scolarisation des enfants ; l’allocation de budget pour une réponse au  système d’alerte précoce en prévention de risques ; la traite, la mendicité des enfants ; le mariage précoce. Face à tant de fléaux qui irradient d’ailleurs toute l’Afrique de l’Ouest, les différentes réflexions ont été plutôt favorables à la mise en place d’une approche globale assorties de normes régionales, ce qui devrait permettre désormais des actions harmonisées et efficaces. Le SINEA 2016 a aussi été le rendez-vous de 3000 visiteurs pour tant d’activités dont 10 conférences.    Assurément, la conférence principale « Au cœur de la protection de l’enfant et de l’adolescent » aura été un temps fort de ce salon. Au moyen d’exposé et de supports médias (film documentaire, théâtre, etc…), elle a jeté une lumière crue sur les dures conditions de l’enfance au Burkina Faso et ailleurs : enfants dans les rues, en détention, ou sur les sites miniers…
Sur un autre registre, ce sont les enfants qui ont été sensibilisés aux dangers que représentent certaines pratiques sur l’Internet. Fascinés, ils le sont forcément par les sites web et les réseaux sociaux. Mais gare ! ont crié les intervenants, Internet n’est pas que curiosité, et des préjudices, il y en a : atteinte à la dignité, non respect de la vie privée, violence en tous genres, etc. La dépendance psychologique est également un piège qui les guette. D’où le conseil d’un spécialiste d’en faire une utilisation responsable et consciente. S’il est courant de sensibiliser les enfants à leurs droits, la 2ème édition a été l’occasion d’évoquer leurs devoirs.
Les enfants ne sont pas si prêt d’oublier que le SINEA, aura aussi été leur instant bonheur, à travers la kermesse, la musique et les jeux, ou encore les services offertes par des nutritionnistes ou des dentistes.   En 2014, comme en 2016 SOS Villages d’ Enfant s’est merveilleuse illustrée  par l’exposition de son stand pour faire connaître sa marque et sa mission de prise en charge auprès des enfants en difficulté.

A Polesgo, l’ accompagnement de SOS porte ses fruits



La famille Sawadogo n’habite pas un de ces quartiers viables de Ouagadougou : ici, pas d’électricité ni d’eau courante. Les habitations sont précaires, avec en toile de fond  la pauvreté ambiante. Polesgo, c’est de ce quartier qu’il s’agit,  situé dans zone industrielle de Kossodo. Il est connu pour habiter des personnes en marge des avantages de la capitale. Comment y vit-on ? A la débrouille, parfois en vendant du gravier comme  Mariam a dû le faire pendant longtemps, avant et après la disparition de son époux. Mais comme dans de nombreux cas, le programme de renforcement de la famille, a une fois de plus, fait œuvre utile ! 
Le décès de monsieur Sawadogo aggrava particulièrement les conditions de vie de la maisonnée dont la veuve Mariam, désormais chef de ménage avait la charge de cinq enfants à nourrir, à soigner et à éduquer. Le gravier rassemblé à coups de balai était vendu en tas d’environ une brouettée à des clients pour les chantiers de construction. Le boulot, pour le moins pénible et ingrat, était fait sur les passages des eaux de ruissellement, sous une canicule souvent impitoyable. D’où des courbatures, voire des maladies chroniques. Tantôt, à la fin de la journée, les recettes étaient à peine nécessaires pour garantir à la famille un repas unique le lendemain.  Tantôt, témoigne Mariam, il n’y avait absolument pas eu de vente, et alors, une alternative de survie s’offrait à la famille Sawadogo : cuire des feuilles sauvages comestibles, en guise de repas. De même, ils  avaient leur façon de faire face à certaines questions. Dans le meilleur des cas, c’était le minimum qui était fait…   Ou alors, ils se résignaient, impuissants. 
Mais avec leur admission au "programme de renforcement de la famille", de nombreux besoins tels l’éducation et la santé ont été pris en charge pendant quatre ans. «La perte de mon mari a été un coup dur pour les enfants et moi », reconnait Mariam, puis de rassurer : « Cependant, avec le soutien de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso nous avons pu surmonter cette épreuve. » En janvier 2017, la famille Sawadogo est autonomisée. Soutiens divers, conseils et formations ont fait de Mariam une femme épanouie et entreprenante. Entre autres activités pour subvenir aux besoins de sa famille, elle élève des porcs, tient une gargote. Emilie, l’aînée de la famille est institutrice depuis une année.  Les résultats scolaires de ses frères et sœur sont plutôt encourageants. Un autre motif de satisfaction est sans doute cette maison, entre temps rénovée pour devenir plus attrayante et plus solide. «Les mots me manquent pour traduire au   programme de renforcement de la famille de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso, notre[la famille, ndlr] profonde gratitude, nous confie Mariam. »
 


Donatien, le mécanicien qui a touché à son rêve, grâce au money-gift



A 26 ans, Donatien Bognini, ancien Enfant SOS est un homme qui vit de son travail. Il est patron d’un modeste atelier de cycles dans le quartier Bilbalgo, à quelques encablures du Théâtre Populaire, le centre d’affaires des deux roues par excellence. Tout est parti de son money gift reçu à la fin de sa prise en charge, témoigne-t-il. 1000 Euros (environ 650 000F CFA), cet argent aura suffi à couvrir les besoins de base pour la création de l’atelier : l’achat d’une caisse à outils et d’accessoires,  et la construction d’un hangar de tôles couvrant  près de 8m2. Le reste devra se gérer à la débrouille, au jour le jour.  
Debout aux aurores, il met un point d’honneur à ouvrir son atelier à la première heure.  Là, il s’emploie à dépanner des engins de clients arrivés dans l’urgence. Souvent, quelques minutes de travail attentionné suffisent pour remettre la monture en route. Mais Donatien  est aussi revendeur d’engins à lui confiés par des clients, qu’il remet en l’état avant de les mettre sur le marché. Point d’employés pour le moment malgré une certaine prospérité de ses activités.
Si les dépannages spontanés procurent à Donatien, un revenu estimé à 98 Euros (60 000F CFA), il gagne environ 150 Euros sur la vente des engins restaurés. De quoi s’offrir un bon niveau de vie dans un pays où environ 40% des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour.
A SOS Villages d’Enfants Burkina Faso, les responsables de la Cellule d’Encadrement des jeunes se souviennent de l’ambition de Donatien de posséder un atelier du genre. Aimé Sawadogo, Conseiller de Jeunesse nous confie : « Donatien fait partie des jeunes avec lesquels nous étions certains de leur réussite pour le sérieux qu’il mettait à l’école et à l’apprentissage. Il a toujours été très habile ; il a décidé librement de faire de la mécanique des deux roues. » C’est ainsi que dès la fin de prise en charge en décembre 2012, l’homme s’est investi dans son projet de vie.
Un atelier de mécanique pour les deux roues, ce n’est pas curieux dans la ville de Ouagadougou, « capitale des deux roues ». La capitale politique du pays des hommes intègres est connue comme telle, ce qui est aussi un marché d’emploi pour ceux qui rêvent gros dans les petits métiers. De la compétence, du sérieux, un petit budget, et une entreprise est née, une histoire commence !

lundi 9 juillet 2018

A Paala, quand AGR et épanouissement personnel font bons ménage



C’est jour de réunion pour Adiara Sanou, marchande de légumes au secteur 25 de Bobo-Dioulasso, la deuxième grande ville du Burkina Faso; elle rencontre bientôt 27 autres femmes, qui présenteront comme elle, le résultat actuel du micro-crédit contracté au sein de leur association. Une caractéristique qui fédère le mieux les membres de l’Association Villageoise d’Epargne et de Crédit (AVEC), est qu’elles sont issues de ménages à ressources   modestes. Femmes au foyer, elles sont autant de mères souvent résignées devant l’inaccessibilité de certains besoins tout à la fois vitaux et élémentaires. La mise en place de l’AVEC par SOS Villages d’Enfants met à leur portée une bouée de sauvetage, les activités génératrices de revenu (AGR). Au travers de la création d’une petite entreprise familiale, il s’agit pour SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso, de mettre des dizaines d’enfants à l’abri de nombreuses formes de déni de leurs droits fondamentaux.   
        
Promotion de la santé familiale, droits des enfants, gestion d’une caisse, ce sont entre autres les sujets qu’aborde le groupe des 28 femmes qui se réunissent deux fois par mois. 
Initié dans le cadre du projet RECORDE en 2017, à Paala, à 7 kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso, ce sont en tout 214 femmes qui bénéficient ainsi de l’accompagnement de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. Les activités des AVEC fonctionnent en « cycles » d’une durée d’environ une année, au bout desquels les épargnes accumulées et les bénéfices tirés des prêts sont répartis entre les membres, proportionnellement à leur épargne.
Adiara est partie d’un capital de 5 000 FCFA. Entre le 3ème et le 4ème trimestre, elle passe d’une épargne  de 500 FCFA à celle de 1000FCFA à chaque rencontre. Encouragée, elle renforce son chiffre d’affaires grâce à un crédit de 25 000FCFA. Ses efforts continuent de payer, puisqu’elle en est maintenant à une épargne de 4 000F CFA par semaine !
« Tout ceci a un impact positif sur la prise en charge des enfants », nous renseigne un agent terrain, « contribution au paiement de la scolarité de 02 enfants au primaire, alimentation. » C’est plutôt la ‘famille N° 31/Pa/2017’, représentée par Adiara, qui en sort renforcée, pour le bonheur de ses trois enfants.
 A Paala, comme cela est encouragé dans les AVEC, les membres ont une Caisse de Solidarité qui sert à accorder de petites subventions quand des membres sont en situation de détresse.  Cette caisse reste obligatoire pendant le premier cycle. Pour  Sanou Djeneba, la solidarité qu’entretiennent les membres est une vraie source de soulagement. « Certes nous sommes réunies pour développer des initiatives économiques, cependant la solidarité ambiante permet d’établir des liens solides. » Les réunions AVEC sont des cercles de parole où divers thèmes sociaux sont abordés entre plaisanterie, détente et confession. De toutes les femmes membres de l’AVEC, se sont en tout  760 enfants qui bénéficient directement  des retombées économiques issues de celle belle initiatives qui permet à plusieurs enfants  de rêver à des lendemains meilleurs.  Victor KOMONDI

A Roumtenga le Projet RECORDE suscite des rêves d’espérance

Le projet RECORDE (REnforcement des Capacités des Organisations de la société civile  pour mieux prévenir la perte de la prise en charge  parentale et promouvoir le Droit des Enfants), a vu le jour en 2017. Après un an, le projet démontre déjà sa pertinence, puisque à Roumtenga, les lignes bougent visiblement. 
Autant des difficultés de développement subsistent en Afrique, autant des  initiatives novatrices sont encouragées pour soutenir la résilience des populations.  Après plus d’un an de mise en œuvre, RECORDE se reconnait aux changements notoires enregistrés dans la vie de ses bénéficiaires. Au-delà des considérations d’ordre technique, des personnes vivant dans la zone d’intervention du projet témoignent. De l’état de dénuement d’avant, elles sont aujourd’hui capables d’envisager un mieux-être, confiantes dans les nouvelles conditions favorisées par RECORDE.  Un projet dont la portée se mesure véritablement à l’aune de ces changements qui  s’assimilent parfois la renaissance. Le portrait de Alidou Nabolé, 10 ans, vivant à Roumtenga avec sa famille d’adoption, en est édifiant.  Quand on lui pose la question sur le métier qu’il voudrait embrasser dans l’avenir, il répond timidement, et dans le sourire qui caractérise son âge : « médecin ». Oui, Alidou revient de loin ! Le 6 mai dernier, nous l’avons rencontré dans sa localité située à une dizaine de kilomètres de  Ouagadougou.      

Alidou est d’une fratrie de trois enfants qui perdent un jour leur père. Très tôt, ils sont intégrés dans la famille d’un oncle, où les enfants sont maintenant au nombre de douze. Là, ils sont sensés recevoir l’éducation, et tous les soins nécessaires à leur épanouissement. Mais la réalité est là, qui impose ses lois : pluviométrie capricieuse, récoltes insuffisantes ; autant de facteurs qui expliquent la pauvreté endémique des familles. Soit dit en passant, au Burkina Faso il existe deux saisons ; un hivernage de trois mois, et une saison sèche qui domine le reste de l’année. Bien entendu, ce contexte impose souvent aux familles paysannes de verser dans la débrouille pour subvenir à leurs besoins essentiels. Entres modestes initiatives familiales pour glaner un peu d’argent et les activités scolaires, le quotidien de Alidou s’avère périlleux.  Les résultats scolaires de l’enfant en sont affectés.  « Il arrive que Alidou dorme en classe en pleine séance de cours, » témoigne Mme Tall, la maitresse de sa classe. Et de poursuivre : « J’ai dû approcher ses parents pour savoir ce qui se passe. »  Mais les appréhensions de l’enseignante prennent fin en 2017, après le lancement du projet RECORDE, porteur d’espoir pour les familles.

En effet, grâce au projet, 40 familles pratiquent désormais de l’élevage, ou du maraichage dans le basfond aménagé de la localité. La famille de  Alidou n’est certes pas totalement sortie de la précarité ; néanmoins les aspects vitaux de la vie quotidienne s’améliorent. Et les résultats scolaires de l’enfant forcent l’admiration. Tenez, en mathématiques, il réalise une moyenne stable de 10/10, tandis que d’un trimestre à l’autre sa moyenne générale dépasse  8/10. Il mérite donc sa place de major de la classe depuis le début de l’année scolaire.  Si Alidou Nabolé veut devenir médecin, c’est pour une raison bien précise : «  pour soigner les malades » nous a-t-il confié. Avec le projet RECORDE, de grands rêves sont donc permis. Tous ces rêves concourent à un même objectif : contribuer au développement des communautés locales en bâtissant un meilleur avenir pour les enfants.
Victor KOMONDI