jeudi 22 octobre 2020

Le karaté-do, un tremplin d’épanouissement pour les enfants

 


Si le karaté-do se définit de prime a bord comme un art martial, il semble paradoxal qu’il puisse être un puissant moyen d’éducation à la discipline. Le but du karaté do serait-il la victoire à tout prix ou la victoire sur les défis intérieurs et extérieurs ? Toujours est-il que Monsieur Guiro Hamadé en fin praticien en sait davantage, lui qui en a fait aujourd’hui un moyen privilégié de régulation du comportement chez les enfants. Employé à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso où il est coordonnateur de la prise en charge alternative, ce travailleur qui recherche des moyens inédits d’éducation est un diplômé de l’école des cadres supérieurs en travail social de Ouagadougou. Ses compétences d’administrateur des affaires sociales lui permettent de quitter la fonction publique pour d’intégrer SOS Villages d’Enfants en février  2017.  Ceinture noire de karaté-do depuis 1998 il jouit d’une réputation sure dans ce milieu combien exigeant. Certain que le karaté-do qui fascine tant les adolescents est un puissant moyen de domination de soi, il attache du prix à sa pratique assidue et à sa valorisation à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso.

 

Prunelle : Vous êtes un expert en travail social. Quelle analyse  faites-vous de la situation des enfants au Burkina Faso ?  

Hamadé GUIRO  ( HG): De mon expérience professionnelle, des constats que je fais personnellement, et des différentes études menées sur les questions de l’enfance,  il ressort de façon évidente, et croyez-moi, je n’en suis pas fier, que la situation des enfants n’est pas reluisante au Burkina Faso. Les enfants font face à de nombreux problèmes, et leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés, notamment le droit à la santé, le droit à l’éducation. Même ceux qui vont à l’école, ils ne sont pas nombreux à atteindre le post primaire et l’université. Alors que nous savons tous que l’éducation est la base de tout développement. Il y a malheureusement une kyrielle de situations qui font froid au dos : enfance en situation de rue, enfants délaissés. Tiens ! Parlant des enfants délaissés, il y a des questions à se poser sur notre société actuelle, lorsqu’un petit matin, on découvre un bébé jeté dans un dépotoir d’ordures. Et que dire des enfants victimes de terrorisme. Chaque semaine, nous dénombrons des milliers de personnes déplacées. Et c’est toujours les familles qui se déplacent avec leurs enfants. C’est dans ce sens que le travail que SOS Villages d’Enfants prend tout son sens. Les actions de notre organisation viennent en soutien aux efforts déjà déployés par l’Etat. Nous sommes tous interpelés !

 

 Prunelle : Quelles conditions s’avèrent nécessaires pour l’épanouissement de l’enfant ?

HG : Pour ma part, l’une des conditions sine qua non pour qu’un enfant soit heureux, c’est l’amour et l’affection inconditionnels des parents. C’est la base pour qu’un enfant puisse croître harmonieusement. Si les parents jouaient très bien leur rôle, tant d’enfants ne seraient pas en situation de vulnérabilité et placés à SOS Villages d’Enfants ou d’autres structures de prise en charge des enfants en difficulté.

 

Prunelle : Depuis votre arrivée à SOS Villages d’Enfants, il a été remarqué un engouement certain pour le sport en général et le karaté –do en particulier, pouvez-vous nous en dire plus ?

HG : Avant de répondre à votre question, je tiens à préciser que mon rôle premier  à SOS Villages d’Enfants est de veiller à ce que les enfants bénéficient d’une prise en charge de qualité. Pour revenir à votre question, je dirai que le sport et plus particulièrement le karaté, s’est imposé de lui-même. Lorsque je suis arrivé au Village d’Enfants SOS de Ouagadougou, j’ai longtemps observé les enfants, leurs inter – actions entre eux, et avec leurs Mamans SOS, ainsi qu’avec les éducateurs et les collaborateurs. Le premier constat que j’ai fait chez les adolescents, à savoir ceux qui ont entre 11 et 14 ans est que les Mamans SOS avaient des difficultés avec les enfants de cette tranche d’âge. Et cela n’est pas étonnant, les réactions de contestation de l’autorité sont naturelles, mais elles ont besoin d’être canalisées. Je devais donc faire quelque chose, apporter ma contribution pour améliorer les relations entre les enfants de cette tranche d’âge et leurs Mamans SOS. J’ai d’abord commencé avec le football. Je jouais avec eux, et c’était une belle occasion de gagner leur confiance. C’est ainsi que lors d’un échange avec l’un de ces enfants, que j’ai appris qu’il voulait faire du karaté. En tant qu’instructeur de karaté, nous avons commencé les premiers pas séance tenante ! Ainsi est né le club de Karaté, avec les accoutrements et les procédures rigoureuses que cela exige.  

Prunelle : D’aucuns affirment que le Karaté est un sport dangereux,  qu’il pourrait créer chez les enfants un instinct de révolte et d’indiscipline. Est – ce vrai ?

HG : De prime a bord, on serait tenté de leur donner raison, car avant tout le karaté est un art martial. Etymologiquement cette notion est relative au combat et à la guerre. Il est possible de comprendre un tel jugement. Cependant, il s’agit de jugements   de profanes. Sinon le karaté est un diminutif. Le terme exact, c’est le karaté – do. Entendez par karaté toute la partie consacrée au physique, et par do, l’activité qui fait appelle à la philosophie, à la formation de l’esprit. Les deux sont intimement liés. On ne peut pas faire le Karaté sans le do et vice versa. La philosophie du karaté enseigne que l’homme est corps et esprit. Cette interaction entre les deux entités est très importante en karaté. Les enfants qui pratiquent le karaté le savent par cœur à travers les principes que nous leur enseignons : le caractère, la sincérité, l’effort, l’éthique, self-défense. Je garde en mémoire ce que  mon maître de karaté nous a enseigné. Il tire d’ailleurs ses propos du fondateur du karaté lui-même. Il disait que le karaté commence par le travail, la persévérance, et se termine par le respect et l’humilité. La plus grande victoire qu’un karatéka puisse avoir, c’est de ne pas avoir à combattre. C’est celui qui ne connait pas la violence qui fait la violence. Toujours dans cette même logique, permettez-moi de vous raconter cette petite anecdote. Un jour, alors que le karaté allait commencer, j’ai vu des enfants du Village pourchasser un margouillat qu’ils ont finalement tué. Ils étaient fiers de leur acte. Ayant suivi la scène, j’ai, après quelques minutes d’entrainement, tenu à leur parler. Je leur ai posé une et une simple question : pourquoi avez-vous tué le margouillat ? Qu’est-ce qu’il vous a fait ? Ils ont dit que le reptile ne leur a rien fait. Et j’ai continué mes questions. Si le margouillat ne vous a rien fait, pourquoi l’avez-vous tué ? J’ai conclu mes propos en leur faisant comprendre qu’il n’y a pas d’action offensive en karaté, et son but est la préservation et la défense de toute vie. Les films de karaté nous l’enseignent d’ailleurs. Que ce soit Bruce Lee, Jackie Chan, Jean Claude Van  Damme, Jet Li Steaven Seagal, ces héros du karaté sont toujours dans une position de défense du faible. Le défenseur des causes perdues… Le même esprit prévaut dans toutes les autres disciplines des arts martiaux :  Kung Fu, Judo, Taekwondo… Pratiquer le Karaté, c’est véhiculer un message. Lorsqu’une personne mal intentionnée vous attaque sans raison valable, vous avez alors le devoir de vous défendre. C’est pourquoi tous les katas (combats imaginaires) en karaté commencent toujours par une défense et non par une attaque





Prunelle : Il a été dit que l’instauration du karaté au programme de Ouaga a apporté un plus dans l’instauration de la discipline avec les enfants ?

HG : Je suis gêné de répondre à cette question, parce que je suis celui qui a instauré le karaté au sein du Village. Je ne voudrais pas que cela ressemble à une auto satisfaction. Si je dois répondre, ça sera avec ma casquette de coordonnateur de la prise en charge altérative. De ce point de vue, je peux affirmer, si je prends en compte les témoignages des Mamans SOS et des collaborateurs,  que le karaté a assagi les enfants. Cela se remarque par la diminution des fugues d’enfants.

Prunelle : Avez-vous des perspectives pour le club de karaté ?

HG : Des perspectives, il y en a ! Lorsque je vois la qualité du travail des enfants que j’encadre avec Maitre. Diabouga, un de mes tout premiers élèves de l’ONATEL CLUB de Kaya en 1998, je suis certain qu’il y en a qui iront loin dans cette discipline. Ils sont nombreux à avoir du potentiel et pour cela, nous pouvons faire de grands rêves pour eux. D’ailleurs, je suis en contact permanent avec le Directeur technique de la fédération nationale du karaté au Burkina Faso, Maitre Maré Corneille, qui vient d’être nommé juge mondial de karaté en février 2020.  C’est le premier burkinabè à avoir reçu une telle distinction au niveau international.  Bien que grand maître du karaté, il est en même temps un haut cadre du Ministère de la Femme de la Solidarité Nationale de la Famille et de l’Action humanitaire.  Avec lui nous allons parler de l’avenir de ces enfants. Je pense particulièrement aux bourses que nous pourrons décrocher pour eux afin qu’ils puissent poursuivre leurs études et devenir  des cadres de ce pays.  Quand je pense aux enfants comme Compaoré Rachid, Zoungrana Natacha, Balma Amza… il y a de quoi être fier.

Prunelle : Avez-vous des besoins pour améliorer le travail qui se fait ?

HG: Nous avons besoin d’un  soutien de bénévoles qui s’engagent corps et âme pour que le club de Karaté marche bien. J’ai le soutien de Maître Diabouga, un de mes tout premiers jeunes que j’ai encadrés il y a 20 ans. Aujourd’hui, il en a fait son métier. Il mérite d’être soutenu à la hauteur de son engagement et du travail de qualité qu’il fait à SOS Villages d’Enfants à mes côtés. Autre soutien, ce sont  les tatamis c’est-à-dire des planches spécialement conçus pour la pratique du karaté .



Prunelle : Avez-vous un dernier mot ?

HG : Je voudrais tout simplement  exprimer ma profonde gratitude au Directeur National qui a vivement soutenu  la mise en place de ce club de karaté. Je profite remercier tous les collaborateurs qui se consacrent nuit et jour à la cause des enfants

Propos recueillis par Victor KOMONDI


Elisabeth, révélation d’une femme d’affaires !

 



A SOS Villages d’Enfants, l’on arrive avec une histoire pour en repartir avec une autre. Exemple d’un accompagnement abouti, la vie d’Elisabeth vaut à présent son pesant d’or, puisque l’ancienne enfant de SOS Villages d’Enfants est une femme d’affaires.  Qui s’est établie à Yako, localité à une centaine de kilomètres de Ouagadougou.  A deux jours de notre rendez-vous que nous avions sollicité, nous recevons un coup de fil d’elle demandant un report. «  Je suis presqu’à terme, et je me demande si ça serait bien que j’apparaisse dans votre journal avec un gros ventre,» s’excuse-t-elle.  Cela nous semble drôle et nous la convainquons de se raviser. Et le RDV est maintenu.

 Elle est à la tête de deux petites entreprises : un atelier de coupe-couture, et une librairie. C’est qu’Elisabeth Ouedraogo a toujours été intéressée par le métier de couturier et rêvait de s’y former. « Depuis ma prime enfance, j’ai été émerveillée par le métier de la couture », explique-telle. « De cette curiosité est née une passion, puis une vocation affermie». Lorsque, à la fin de sa prise en charge, elle reçoit un soutien de SOS Villages d’Enfants, elle achète le matériel de base et se duquel elle réussit sans ambages au Certificat d’Aptitude Professionnel en 2013.   Deux grands événements s’enchainent les mois suivants : Elisabeth convole en justes noces avec un agent des finances – actuellement en formation -, puis ouvre un  modeste atelier de couture. Son aventure d’entrepreneure débutante promet déjà, mais pas assez pour la convaincre de dormir sur ses lauriers. La désormais Madame Kiendega entend défendre ses ambitions de femme d’affaires. Elle crée alors une "librairie-papeterie" où elle se met à commercialiser fournitures scolaires et matériel didactique. Ses allures de combattante, elle se l’explique : « J’ai appris à me battre dans la vie. Si SOS Villages d’Enfants m’a aidée, je dois me montrer digne de cette attention. » Pour elle, une seule activité n’est pas une garantie. Elle témoigne tout de même que la librairie gérée par un employé, fonctionne aussi bien que la couture. Le secret de sa réussite, elle nous le dévoile : « Dans notre métier [ndlr : coupe-couture], il ne suffit  pas de bien faire son travail, il faut aussi être à l’écoute des clientes, et au mieux, leur faire des suggestions. Ce qui me vaut ma clientèle ». Puis de rassurer qu’à Yako tout le monde ou presque connaît la librairie " Le Passoré", une destination idéale pour l’acquisition de fournitures scolaires, surtout à l’orée de la rentrée des classes.  



Et la marche vers la prospérité continue pour Elisabeth qui, dans l’intention de postuler aux différents marchés publics, vient de formaliser sa librairie.  D’ailleurs, soutenue par son financier d’époux, elle ambitionne de développer la librairie " Le Passoré" au-delà des frontières de la province dont l’entreprise porte le nom. N’est-ce pas logique quand, à l’issue de notre entretien, la dame demande à-brûle-pourpoint à notre équipe : « Pensez-vous que je pourrai déposer une offre de service afin que mon entreprise fasse partie de la base de données des fournisseurs de SOS Villages d’Enfants ?».  Une doléance que, nous espérons, sera entendue par les responsables.

 Victor KOMONDI

lundi 30 mars 2020

Allianz social fund au Burkina Faso, une victoire qui compte


D’une valeur de 10 000 euros, le projet devra bientôt faire bouger les lignes en matière d’informatique et d’exploitation de l’Internet chez les jeunes de SOS Villages d’Enfants. Financé par Allianz Social Fund, il vise le renforcement de la compétitivité des jeunes pour la recherche d’un emploi décent. Ce fonds est le fruit d’un appel à projet lancé en 2018 et auquel SOS Villages d’Enfants Burkina a été admis, tout comme SOS Villages d’Enfants  Madagascar. 


D’abord inespéré au regard des rigueurs de l’appel à projet, c’est à la surprise de l’équipe de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso, que la bonne nouvelle a été annoncée. Ce qui vaut des lauriers pour le département Mobilisation de Ressources du programme de prise en charge des jeunes. En somme, un cadeau de noël de la part de Allianz ! 

Le projet de Renforcement de la compétitivité des jeunes pour la recherche d’un emploi décent est une trouvaille novatrice pour SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. Il vise à relever le défi de l’employabilité des jeunes. Il y a de quoi ! Car, selon une enquête menée en 2015 par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie(INSD) seulement 5.3% des jeunes âgés de 15 -25 ans ont accès à l’internet et à l’ordinateur au Burkina Faso. La notion actuelle de modernisation de l’emploi passe par la maîtrise des technologies de l’information et de la communication. Leurs principaux outils que sont l’internet et l’ordinateur passent aujourd’hui pour être les clés de l’insertion socioprofessionnelle. Le faible taux d’accessibilité des jeunes aux moyens indispensables pour la quête de l’emploi constitue un défi tant au plan national que pour SOS Villages d’Enfants, qui fait de l’emploi des jeunes son cheval de bataille. 

Le chemin qui mène à l’emploi passe par l’ordinateur et le net. Les avatars de la fracture numérique qui caractérisent les pays à faible revenu, c’est aussi le faible accès aux biens de connexion et l’absence de compétence pour les emplois parvenus à leur stade de modernité. La conséquence immédiate en est la disqualification des couches pauvres, dont les jeunes sans appui familial. S’il faut rechercher les annonces sur Internet, le dossier de candidature, lui, sera déposé sur une plateforme de la toile qui attend un très prochain clic pour délivrer les résultats. Autant former les jeunes en vue d’accroitre leur employabilité. A SOS Villages d’Enfants, les jeunes sont un groupe vulnérable ; un gap les sépare de leurs camarades d’âge bénéficiant de conditions sociales décentes, et face auxquels ils devront se montrer à la hauteur des emplois désirés. 

Des rencontres d’échanges avec les jeunes autour de la question de l’employabilité ont permis de déceler l’obstacle majeur à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes, qui est le non accès des jeunes à l’ordinateur et à l’internet. Dans ce contexte, est né le projet d’une salle informatique aménagée. Equipée de 5 machines, cette salle servira de cadre de formation pour le renforcement de la compétitivité des jeunes appelés, dans un proche avenir, à trouver de l’emploi ou à s’en créer un. Le projet consiste à renforcer une salle informatique existant, en vue d’y former 91 jeunes du programme de prise en charge des jeunes et du programme de renforcement de la famille. A terme, par le biais des TIC, ceux-ci devront voir leur compétitivité renforcée en matière de recherche d’emploi.

 Divers outils pédagogiques seront mis à profit : cours théoriques et travaux pratiques, afin qu’ils soient effectivement formés à l’utilisation de logiciel tel le pack office, et à l’exploitation responsable des réseaux sociaux. Sera associée une autre formation en technique de recherche d’emploi. Suivis par la cellule d’encadrement des jeunes, ils sont dans la tranche d’âge de 17 à 25 ans, tous issus des Villages SOS et des communautés environnantes. Ils devront être autonomes à l’issue de leur formation, c’est-à-dire, aptes, libres de la tutelle de SOS Villages d’Enfants, et capables de trouver leur place dans la société, au double plans social et professionnel. Il s’agit de l’aboutissement d’un processus qui commence après leur 16ème anniversaire, c’est-à-dire la fin de leur séjour dans le Village SOS. Leur avenir est envisagé à travers un plan de développement des jeunes (PDJ), qui encadre chaque jeune selon son projet d’insertion sociale et professionelle. 

                                                                                                                     Par Victor KOMONDI

Comité de protection de l’enfant, une initiative du Projet RECORDE

Un bébé fut abandonné en plein mois d’août, aux intempéries. Et il fallait faire quelque chose ! Ce que fit le comité de Protection de l’enfant, lorsqu’il a été saisi de la situation dans le quartier Polesgo. Abandonné par sa mère, malade, et démunie, Emmanuel eût la vie sauve grâce à l’intervention de la communauté, alertée par les pleurs de l’infortuné. Le comité de protection de l’enfant, déjà mis en place à l’époque, s’est dépêché sur les lieux et a trouvé un beau garçon âgé d’à peine dix jours ! Puis, tout s’améliora au bonheur d’Emmanuel qui vit aujourd’hui dans les conditions lui permettant d’espérer des jours meilleurs.



La question des droits de l’enfant fait polémique un peu partout, c’est connu ! En Afrique, et au Burkina Faso, même si des voix ne s’élèvent pas pour décrier certaines dispositions officielles en la matière, l’on discute tout de même sur leur opportunité. Tels qu’ils sont institutionnalisés, les droits de l’enfant dérangent certains milieux, qui y trouvent un phénomène importé, ou une question futile devant les multiples formes de la pauvreté, de préoccupations quotidiennes hautement plus vitales. La culture y est aussi pour quelque chose, surtout lorsque coercitions et brimades sont une approche admise. Excision des jeunes filles, mariages forcés et/ou précoces, violences physiques et autres formes de maltraitance, tout y passe. 

D’où parfois, malheureusement, des conséquences dommageables et irréversibles. L’Association Namanegbzanga se trouve aux avantgardes du combat légitime que le constat suscite sur le terrain. Mariam Boly, responsable du projet RECORDE à Ouagadougou, porte également la charge du suivi des actions entreprises par l’association. Ainsi dit-elle, « c’est pour contrer ces dérives récurrentes observées sur la protection de l’enfant, que l’Association Namanegbzanga a mis en place le comité de protection de l’enfant, dont l’objectif majeur est de veiller au respect des droits de l’enfant dans les communautés (Polesgo et Roumtenga) ».

Le rôle du comité est de contribuer à lutter contre les violences faites aux enfants dans les communautés de mise en œuvre du projet RECORDE que sont Polesgo et Roumtenga, et au-delà, si cela est nécessaire. Il est composé de 10 membres, issus des différentes communautés, dont un leader religieux, des leaders d’opinion et surtout des représentants des services de l’Etat, de la mairie et des écoles. Pour Houda DABO, président dudit comité, la configuration de cet organe est un enjeu de crédibilité pour les messages véhiculés pendant les séances de sensibilisation de masse parfois à travers des théâtres fora dans les lieux de culte, et lors des rencontres des Groupements Villageois d’Epargne et de Crédit (GVEC). « Les membres qui composent le comité, lui valent une certaine crédibilité. La sensibilisation n’aurait pas eu un écho favorable si elle devait être menée par des personnes étrangères à la communauté ». Chacun d’eux fait office de conseiller et facilite la mise en relation du groupe avec les services de l’action sociale, surtout en cas d’alerte. D’où la grande confiance que la communauté leur accorde.
 Et des signalements, comme le cas d’Emmanuel, sont faits. En effet, depuis la mise en place du comité, sept cas de signalement ont été enregistrés et traités avec succès. L’appropriation d’informations relatives aux droits de l’enfant devient par ailleurs une réalité ; le changement de mentalité également. Fort de cette expérience, et en vue de partager les bonnes pratiques, le comité à Polesgo et Roumtenga compte intégrer dans un avenir proche le réseau de protection de l’enfant, une organisation à l’échelle de la ville de Ouagadougou. 

Victor KOMONDI

Les frères Doulkom, un parcours exemplaire

Elever des triplets de garçons, si gentils soient-ils, est un triple défi, qu’il n’est pas donné à tous de relever. Au Village d’Enfants SOS de Ouagadougou, on se souvient des frères Dolkom, des triplets admis en 1997, trois success stories, qui révèlent le sens du combat de notre organisation. Installés aux places qu’ils ont choisies dans la société, ils témoignent respectivement d’un moral à toute épreuve, et d’un passé pleinement assumé.

Dominique : Sa verve rassure avant qu’il vous conte l’histoire qui est la sienne, celle d’une enfance qui aurait pu être difficile ; celle d’un jeune homme en quête d’un emploi décent ; mais aussi, celle d’un accomplissement au bout d’un travail d’équipe au sein de SOS Villages d’Enfants. Son parcours à la suite de son séjour au Village d’Enfants SOS décrit effectivement son combat pour se faire une place dans le monde du travail. L’ancien enfant SOS est aujourd’hui réceptionniste à l’hôpital de district de Bogodogo. « J’ai trois sources de revenus qui me permettent de vivre dignement, et au-delà, de subvenir aux besoins d’autres personnes », se réjouit- il. Avant qu’il ne quitte SOS Villages d’Enfants, il se forme au métier d’instituteur à l’Ecole Nationale des Enseignants du Primaire(ENEP) de Loumbila. A l’issue de cette formation il n’est pas reçu au test de recrutement d’enseignants dans la fonction publique. Dynamique, il est embauché agent commercial pour des produits d’assurance, par une maison de la place. C’est que l’homme dispose d’assez de qualités humaines pour faire un bon agent commercial. Très vite, son carnet d’adresses s’étoffe et l’avenir lui semble prometteur dans cet univers. 

 Pourtant Dominique se sent insatisfait, et va se porter candidat au test de recrutement de réceptionnistes. « Mon admission à ce poste relève du miracle », s’étonne - t - il encore quand il évoque les épreuves de ce recrutement. « Nous étions 300 candidats au départ, précise-t-il. L’on devait alors procéder à un tir au sort pour en retenir 20. Je fus de ce groupe. Après le test, 5 personnes ont été retenues pour l’entretien d’embauche. Au bout du rouleau, 02 personnes furent retenues, dont moi, le veinard ! »
 Il met cela à l’actif de l’éducation reçue à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. « Nous avons, mes frères et moi, reçu une très bonne éducation. Au Village d’Enfants SOS, comme à la Cellule d’Encadrement des Jeunes, nous avons toujours reçu des conseils nous invitant à la persévérance quoi qu’il arrive ». Et pour lui, ne pas exercer le métier d’instituteur n’est pas une fatalité dans la mesure où il profite des acquis de sa formation. La preuve est que, réceptionniste qu’il est, il dispense encore des cours de soutien, et continue d’officier en qualité de freelance pour l’assureur qui l’employait. «Alors que j’étais agent commercial, j’ai pu établir un bon carnet d’adresses. Si bien que je reste sollicité par les clients pour l’assurance de leurs automobiles. Mais pour en arriver là, j’ai dû comprendre le secret du métier : communiquer, séduire le client, le fidéliser et surtout maintenir le contact avec lui. En somme, c’est ce qui me vaut les ristournes que je perçois pendant que je suis hors de l’entreprise ». Dominique est un fonceur qui assume son parcours. Sans complexe, il y reconnait le mérite de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso. Il se souvient particulièrement de ce jour de 1997, lorsqu’après la disparition de leur père, ils y ont été admis. 

Laurent : Comme son frère Dominique, Laurent commence par une formation professionnelle, celle d’Infirmier Diplômé d’Etat. A la fin du cycle, Laurent passe deux ans en quête d’intégration à la fonction publique. Avant cette intégration, il devrait se contenter d’un poste dans le privé dont les revenus lui permettent à peine de vivre. Cependant, cela n’est pas un motif de découragement. Il sera enfin retenu à la promotion de 2018. Plutôt satisfait, il affiche de l’enthousiasme quant à ses débuts : « Je suis affecté à DANDE à 100 km de Bobo - Dioulasso. Je dois avouer qu’au début, être infirmier représentait pour moi une opportunité professionnelle. A présent, c’est mieux que cela. Je ne regrette pas d’avoir embrassé ce noble métier. Quand je vois le retour que me font les patients sur l’attention que je leur porte, je me dis que c’était plutôt une vocation tardive » nous confie – t – il, le sourire aux lèvres.
 Se remémorant son parcours à SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso, il marque une halte sur un pan de son histoire qui reste pour lui sujet à de nombreux souvenirs dont celui-ci : « Lorsque nous étions à la Cellule d’Encadrement des Jeunes (CEJ), il m’est arrivé d’avoir une moyenne trimestrielle insatisfaisante, 09/20. Le responsable de la CEJ à l’époque, m’a fait appeler, et dans le secret de son bureau, il m’a dit ceci: « Ecoute, je ne sais pas ce qui t’arrive, mais sache que si tes frères ont obtenu une bonne moyenne, toi aussi tu peux le faire. A la prochaine évaluation, je veux que tu me montres que tu es aussi capable. » Et ce fut le cas, la courbe de ma moyenne a commencé à grimper. Puis ce fut le tour des autres éducateurs de s’intéresser à mon travail. Très vite, j’ai pu remonter la pente. Du reste, les encadreurs et notre maman SOS sont des personnes auxquelles je suis à jamais attaché. Ce sont des membres de ma famille. La notion de la famille, c’est à eux que nous la devons. Je trouve difficilement des mots de reconnaissance à l’endroit de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso et de ses partenaires. 

Profitant largement de leurs efforts, nous sommes devenus des hommes accomplis et comblés aux plans professionnel et social. Malgré la difficulté de l’emploi au Burkina Faso, nous avons mes frères et moi, réussi à nous frayer un chemin et à trouver une place au soleil. Mais pour nous [NDLR : Laurent, Dominique, et Jean], la meilleure reconnaissance ne sera pas que des mots, nous voulons la traduire en actes concrets en nous engageant à aider nos frères encore sous la tutelle de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. 

Jean : Jean a commencé sa formation professionnelle au Lycée Privé le Technicien, puis au Lycée de la Jeunesse (Ouagadougou), où il s’est orienté en construction bâtiment. Spécialiste en génie civil, il a un travail à plein temps dans une brasserie de la place. Bien avant, Jean était tâcheron, travaillant à son propre compte. Avec plusieurs cordes à son arc, Jean saisit volontiers toute opportunité d’activité lucrative, en particulier à ses heures perdues. Aujourd’hui, avec son expérience, il trouve quelques marchés de construction qu’il conduit ou sous-traite.

 Parti à la rencontre d’un triplet ayant vécu dans l’un des Village d’Enfants SOS du Burkina Faso, nous avons redécouvert le trio complémentaire dont les mamans SOS se souviennent. Les décisions sont prises lorsque le quorum est atteint, c’est-à-dire lorsque deux sont avisés. Selon l’envergure du sujet, la maman SOS peut être mise à contribution. Une séduisante leçon de démocratie  en famille qui ne peut laisser personne indifférent.
                                                                                                                        Par Victor KOMONDI

Siddhartha KAUL, tout pour l'enfant !

On l’attendait impatiemment depuis l’annonce de sa visite et il est venu, celui qui, à la suite de son père, fondateur du premier Village SOS en Inde, marche depuis 4 décennies dans le sillon tracé par Hermann Gmeiner. Dans le cadre d’une tournée africaine qui l’a d’abord conduit au Togo, au Bénin et en Côte d’Ivoire, Siddhartha KAUL a séjourné au Burkina Faso, du 05 au 09 Août 2018 pour toucher du doigt les réalités de SOS Villages d’Enfants au Burkina Faso.


Au menu, une série de rencontres avec des groupes d’acteurs, des visites, avec le Président du Faso, pour évaluer, à chaque étape, la qualité des services au bien-être des enfants d’une part et d’autre part une audience avec le président du Faso afin de plaider pour un soutien conséquent du gouvernement à l’organisation. Le Président international de SOS Villages d’Enfants a immergé dans le quotidien des enfants, des travailleurs, et des partenaires de son organisation au Burkina Faso. En somme, la mission de SOS Villages d’Enfants a été porté durant ce séjour pas comme les autres. Tout a commencé par un accueil à la hauteur de l’hôte, au Village d’Enfants SOS de Ouagadougou dans l’après-midi du 5 août 2018.

 Ce sont les femmes de l’OBC (Organisation à Base Communautaire), Namanegbzanga, partenaire du programme de renforcement de la Famille, les Mamans SOS, les enfants, et les collaborateurs qui étaient les maîtres d’œuvre de cette activité, apportant du rythme avec chants et pas de danse gracieux. Puis un mot solennel de bienvenue de la représentante des Mères SOS du Burkina Faso. Le deuxième temps fort de ce séjour est la rencontre avec l’équipe managériale conduite par le Directeur National Ousseni Nyantudré. Moment de débats constructifs, ces échanges n’ont pas occulté certaines insuffisances, d’où des directives claires et fermes à observer pour rendre plus efficace l’action de SOS Villages d’Enfants Burkina. Quid des écoles dites SOS ? Elles garderont leur raison d’être, à condition qu’au moins 30% des enfants du groupe cible y fréquentent. D’une rencontre à une autre, voilà le Président dans le bureau de Madame la Ministre de la Femme de la Solidarité Nationale de la Famille et de l’ Action Humanitaire, qui depuis une vingtaine d’années, suit et supervise des activités de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso.

Aux Mamans SOS, par exemple, Il connaît l’énormité de leur mission. A la Ministre, le Président a relayé les attentes de SOS VE Burkina: la mise à disposition de personnel pour soutenir la prise en charge des enfants dans les différents programmes ; le relèvement de la contribution du gouvernement pour le fonctionnement de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso. Légitimité oblige, la Ministre a marqué son accord de principe pour la première attente, en attendant une expression de besoin afin de réagir efficacement à la seconde. Ensuite, convivialité et chaleur ont été au rendezvous lors de la rencontre entre l’invité du jour et le Président du Faso, SEM Rock Marc Christian KABORE. Si pour le premier, l’heure était au plaidoyer, le second a saisi l’occasion pour rendre un hommage mérité à Siddhartha KAUL et à son organisation, et surtout, susciter davantage leur abnégation face aux difficultés que le gouvernement à lui seul ne peut surmonter.


A leur tour, les mères SOS, une des forces vives de notre organisation, ont eu droit à un échange avec le Président Siddhartha KAUL. Reconnaissant la portée de l’œuvre des Mères SOS, le Président les a exhortées à garder de vue les valeurs et les capacités qu’elles doivent développer chez leurs enfants. Ils ont ensemble fait le tour de nombreuses questions sur la vie actuelle de l’organisation et les projets à venir. A la fin des échanges, ce fut la visite d’une concession familiale dont l’architecture n’a pas laissé le Président indifférent. 

Quant aux 52 jeunes qu’il a rencontrés, ils ont pu retenir quelques conseils pratiques pour réussir leur vie. Entre autres, dire non à la drogue et avoir une vie sexuelle responsable. La cérémonie de remise des chevalières, dernier acte grandiose de ce séjour, a permis de sanctionner le programme par un temps de réjouissance, qui a aussi été celui des aurevoirs. 

                                                                                                                Par Victor KOMONDI 

La drogue, l’autre obstacle aux droits des jeunes

Le 26 juin dernier la communauté mondiale célébrait la journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic des drogues. L’opportunité de revenir sur cet événement répond au souci de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso, à l’occasion, de mettre en relief un problème de santé publique au Burkina Faso, qui plus, menace l’épanouissement de la jeunesse. Il faut malheureusement constater que le phénomène de la drogue affecte l’école, menace l’équilibre de la famille, tout en mettant en jeu les fondements de l’économie. En tirant la sonnette d’alarme notre rédaction espère faire œuvre utile pour la prise en compte immédiate de la question par l’Etat et ses partenaires.



Aux côtés de nombreux fléaux, aujourd’hui la drogue guète nos enfants à l’école. Tandis qu’il a été un tabou par le passé, du fait de la répression et des risques multiples, la drogue est aujourd’hui une denrée de consommation courante dans les milieux jeunes, d’où son entrée dans la cour de l’école. Criard dans les centres urbains, le phénomène marque aussi sa présence dans les villes moyennes et en milieu rural. C’est un fait accompli au Burkina Faso ; malgré la discipline de l’école et la sensibilisation, la drogue y est présente, menace les fondements de cette institution, et sème le désarroi dans les familles. 

Parmi les raisons invoquées on relève le snobisme, l’effet de mode, ou encore l’illusion de prendre la drogue pour un palliatif aux difficultés de la vie scolaire ou familiale. Qu’importe, « une jeunesse malade est une charge pour la société », soutient M. Soumaïla SAWADOGO, Directeur de l’Education Permanente et des stratégies éducatives des jeunes, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente. Aucune étude nationale disponible ne permet de rendre compte de l’ampleur du phénomène. L’on peut toutefois s’en tenir à un sondage de U-report en milieu jeunes, cité par le «Guide d’animation sur les conduites addictives des adolescents et des jeunes» (septembre 2017) du Ministère de la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnelle. Ce sondage a le mérite de donner une certaine appréciation du phénomène de la drogue dans le milieu scolaire qui est une partie représentative de la jeunesse.

 A la question : « les enfants et élèves consomment-ils la drogue dans ton milieu ? » 40% des 8 998 répondants sur 20 246 interrogés, ont répondu oui ; à la question, « as-tu une fois déjà pris la drogue ? » 12% des 7 953 répondants sur 9 059 interrogés ont dit oui ; et à la question : « quel groupe consomme le plus la drogue ? Filles ou garçons ? », 11% des 5 329 répondants sur 5 889 interrogés ont affirmé que ce sont les filles contre 89% pour les garçons. D’ailleurs, le nombre de cas rencontrés au quotidien par les services de répression et les services psychiatriques du Centre Hospitalier National Yalgado Ouédraogo sont des indices inquiétants. L’environnement des jeunes et ses mutations y sont – ils pour quelque chose ? Longtemps pays de transit, le Burkina Faso est devenu un pays de consommation, à tel point que le phénomène concerne les scolaires. Quelques recherches nous La drogue, l’autre obstacle aux droits des jeunes Dossier 6 N°003 Août 2019 renseignent que le Burkina Faso dans les années 80 fut effectivement une zone de transit sous l’impulsion d’expatriés en provenance de pays voisins. 

La drogue était alors signalée dans les villes frontalières et était l’apanage de personnes adultes. De fait, l’heure n’était pas au trafic local qui prévaut actuellement, impliquant la jeunesse scolarisée et non. L’évolution de cet environnement correspond à un nouveau contexte face auquel les jeunes ne semblent pas disposer de moyens de résilience. Ce contexte est celui à la fois de la production, du trafic et de la consommation (cannabis notamment). Le 23 mars 2017, 2 tonnes de cannabis d’une valeur de 170 millions de FCFA ont été saisies dans le village de Topera (Nako), région du Sud-Ouest. Sur l’ensemble du territoire, un bilan sur les quantités des drogues saisies entre 2014 et 2018 a de quoi inquiéter. En effet, les forces de sécurité et la douane ont saisie en 2014 les quantités suivantes de drogues : cannabis, 53,502t ; cocaïne, 22,68kg ; héroïne, 0,16kg ; médicaments prohibés, 11,363t. Pour chacune de ces drogues, les chiffres seront les suivants en 2018 : cannabis, 10,625t ; cocaïne, 5,665kg ; héroïne, 18,603kg ; médicaments prohibés, 75,294t. Un coup d’œil permet donc de constater un recul du cannabis et de la cocaïne, tandis que l’héroïne et les médicaments prohibés (largement distribués) sont en nette progression. Selon M. Sawadogo, l’accroissement du phénomène dans les lycées serait d’abord imputable à une facilité d’accès qui pousserait les jeunes à franchir le pas. 

Il s’agit plutôt de la disponibilité actuelle des produits dans notre pays dont les multiples frontières restent poreuses malgré les efforts de l’Etat. Il met également en cause le contexte du terrorisme qui aurait fait de l’Afrique de l’Ouest une plaque tournante. La drogue, phénomène de mode D’autres préoccupations sont également relevées par le spécialiste de la jeunesse : l’appât du gain facile (pour les jeunes trafiquants), la défaillance du système éducatif, l’insuffisance de la répression, la drogue comme phénomène de mode (parfois montré par les médias), l’idée chez ces jeunes d’en consommer pour être forts et respectés dans leurs groupes d’amis. Sans oublier qu’au sein de la jeunesse, des pratiques telle la fréquence des soirées «killing» sont à dénoncer. Ces sortes de soirées en vogue où tout serait permis, à commencer par l’abus de drogue et le sexe. Lors de ces soirées différents types de drogues circuleraient à volonté, ainsi que des cocktails de boissons fortement alcoolisées, sans oublier le tabac. L’on emploi souvent le mot drogue pour autant parler du fléau de la toxicomanie ; cependant plusieurs types de produits sont en circulation. Ceux rencontrés dans notre pays et consommés par les jeunes sont l’héroïne, le cannabis, la cocaïne, et les psychotropes. Dans ce dernier groupe se trouvent des médicaments détournés de leur destination ou de leur usage normal. Les tramadol, bleu-bleu et autres missiles, des produits d’origine douteuse illustrent parfaitement cette réalité. En vente parmi les médicaments de la rue, leur popularité dans le milieu des jeunes – ouvriers, élèves, étudiants- est l’objet d’une tolérance déconcertante. Sont aussi à dénoncer les séances chicha, des bars chicha où les consommateurs absorbent des produits de nature inconnue. Parallèlement à la drogue, diverses formes de violences sont de plus en plus légion dans nos lycées. Bagarres, rixes, brimades, agression à l’arme blanche, voire au revolver…Y aurait-il un lien de cause à effet ? L’on pourrait émettre quelques réserves, mais tout porte à croire que ce fléau est de nature à engendrer un climat d’insécurité à l’école, s’il ne venait pas à remettre en cause la fonction de celle-ci. 

L’école serait-elle faible face au phénomène de plus en plus préoccupant de la drogue ? Il semble plutôt judicieux d’envisager des pistes de solutions impliquant tous les acteurs y compris ceux de l’école, comme le suggèrent certains experts. Si besoin est, il faut d’emblée considérer l’âge des lycéens, qui est éminemment celui dévolu à des mutations physiologiques et physiques se traduisant par un fort besoin de s’affranchir de l’ordre établi, y compris des valeurs défendues par la société. Surviennent les premières expériences, une multitude de prises de risques, et des défis que l’adolescent se lance à lui-même. S’en suit aussi la prise de distance d’avec les parents. Ceux-ci ont donc un rôle important à jouer dans l’information sur leur enfant, sur les risques sanitaires et juridiques, l’écoute, le bon exemple, le dialogue avec les éducateurs et la mise en place d’un environnement psycho-affectif favorable à son épanouissement.


Quant à l’Etat burkinabè il dispose de mesures préventives et répressives fondées sur un ensemble de textes juridiques. En effet, le Burkina Faso a ratifié successivement les conventions internationales de 1961 sur les stupéfiants, de 1971 sur les substances psychotropes et de 1988 sur les trafics illicites des stupéfiants et des substances psychotropes par l’effet, respectivement des décrets N°62-169 du 31/10/62, du Kiti AN IV-235 du 31/12/86 et du décret 92-93 du 5/5/92. 

Au niveau sous régional, notre pays a ratifié des conventions en tant que membre de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) sur l’entraide judiciaire et l’extradition. A l’interne, un dispositif permet le contrôle des drogues : il s’agit entre autres du décret du 23 Juin 1999 (N°99- 213/PRES), par lequel le Président du Faso a promulgué la Loi N°017/99/AN portant code des drogues adopté le 29 Avril 1999 par l’Assemblée Nationale. Les organisations de la société civile et les services spécialisés de l’Etat doivent conjuguer leurs efforts pour développer de nouvelles stratégies de lutte plus dissuasives et plus efficaces. 
                                                                                                      Par Victor KOMONDI

Les lignes d’or de Korotimi



Il est 16 heures ce 06 février 2019. Nous avons rendez-vous avec l’apprenante Sanou Korotimi, la cinquantaine sonnée. C’est tout en sourire qu’elle nous reçoit après son cours d’alphabétisation. Et pour cause, elle fait partie des 30 femmes de l’Organisation à Base communautaire (OBC) sachant désormais lire et écrire dans leur langue, grâce à l’appui du projet RECORDE[1] .


Pour Korotimi, savoir lire et écrire est un rêve devenu réalité: « Lorsque nous avons commencé la formation, je n’y croyais pas. Aujourd’hui, je suis très fière de moi, de cette nouvelle personne que je suis devenue. Et les progrès que nous réalisons chaque jour me rassure que mon illettrisme sera bientôt un simple souvenir» se réjouit-elle, avant de poursuivre : «Aujourd’hui, j’ai la possibilité d’écrire les noms et numéros de téléphone des membres de ma famille, mais aussi des personnes avec lesquelles je mène des activités quotidiennes.

 C’est une avancée dans ma vie ; j’en suis très heureuse». Korotimi s’achemine vers une réelle appropriation de l’écriture. Elle a appris avec succès à écrire les mots et les chiffres dans sa langue maternelle : le dioula. Il y a de cela quelques mois, elle dépendait de ses proches pour enregistrer un contact dans le répertoire de son téléphone ou y rechercher un autre qu’elle veut appeler. Korotimi n’est qu’un exemple parmi tant de femmes prises en charge par le programme d’alphabétisation. « D’où vous est venue cette idée de former les femmes à l’alphabétisation ? » Nous avons posé cette question à Sawadogo Fidèle, coordonnateur du projet RECORDE sur le site de Bobo Dioulasso: «L’initiative procède de cette vision du projet RECORDE, qui vise à renforcer l’autonomie des femmes ».

 Les cours d’alphabétisation contribuent efficacement à l’atteinte des Objectifs du Développement durable, notamment en leurs points 4 et 5, qui visent respectivement à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité », et à « promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. » L’initiative est assurément un cas d’école car elle montre qu’il y a toujours une chance de réussir tant qu’il y a une volonté manifeste d’apprendre et des personnes ressources pour accompagner aussi bien les bénéficiaires que les promoteurs.

 Si dans certains milieux, savoir lire et écrire passe pour un statut banal, pour ces femmes du village de Pala (Bobo Dioulasso), cela constitue une véritable lumière qui vient éclairer le chemin de la quête d’une vraie dignité humaine : celle où la femme connait et défend ses droits et œuvre aisément au développement de ses enfants. C’est pourquoi, conclut Korotimi : « J’arrive désormais à suivre les notes des devoirs de mes enfants. S’ils n’ont pas la moyenne j’entreprends des démarches avec les enseignants afin de trouver une solution ». Oui en effet, les petites lignes qui se dessinent après chaque passage de son stylo sont pour elle des lignes d’or qui changeront toute sa vie et celles de ses enfants. 
                                                                                                                Par Victor KOMONDI

[1] Ce projet est cofinancé par l’Agence Française de Développement. Néanmoins, les idées et les opinions présentées dans ce document ne représentent pas nécessairement celles de l’AFD.

Quand les écoles Hermann Gmeiner tablent sur la qualité

La fin d’une année scolaire vient indubitablement sanctionner neuf mois de travail. Pour l’année 2017-2018, les résultats des Ecoles Hermann Gmeiner SOS Villages d’Enfants forcent l’admiration. En primaire, en secondaire, tout comme dans les centres de formation, notre organisation apporte une contribution fort appréciable en réalisant dans l’ensemble le taux de réussite largement au-dessus des taux nationaux. Tenez, 81,56% pour l’examen du CEP, et 97,40% pour le BEPC, tandis qu’ils sont respectivement de 67,77% et de 42,91% au plan national. Une preuve patente de la qualité du travail fourni par le personnel, mais aussi une illustration d’une responsabilité de mieux en mieux assurée par SOS Villages d’Enfants Burkina Faso.


Les écoles sont des outils de mise en œuvre de la politique éducative, en vue de doter l’enfant et le jeune des valeurs et des capacités que requiert son intégration dans la société. Les écoles Herman Gmeiner reuinissent les atouts qu’exigent les autorités éducatives de référence. Loin d’être négligées, les disciplines artistiques bénéficient des mêmes égards que celles dites intellectuelles et ayant une renommée plutôt favorable. C’est ce dont on a pu se rendre compte lors de la fermeture des classes en juillet dernier.
 En effet, en marge des activités scolaires, les élèves de l’Ecole SOS Hermann Gmeiner de Bobo Dioulasso, ont participé à une compétition culturelle dénommée « Faso School’s Won- ders, à l’issue de laquelle ils se sont adjugé la première place face à 10 écoles concurrentes. Cette compétition organisée par l’Association Jeunesse-Vision-Avenir (AJEVIA) com- portait cinq disciplines que sont : le duel (concours d’art ora- toire), le slam, le sketch et le ballet traditionnel.

 Ce brillant succès de l’ Ecole Herman Gmeiner de Bobo - Dioulasso et dans de nombreux aspects de la vie scolaire est dû à plusieurs facteurs dont la qualité de l’enseignement dispensé, l’accompagnement sans faille des collaborateurs de SOS, l’abnégation des enfants –parfois issus de familles en difficulté. Satisfait du résultat d’ensemble de ses élèves et apprenants, SOS Villages d’enfants Burkina Faso qui, depuis quatre (04) ans à travers la Cellule d’Encadrement des Jeunes (CEJ) a initié la tenue annuelle d’un camp vacances au profit des jeunes, n’a pas dérogé à la règle cette année. Ce camp qui se veut un tremplin pour l’épanouissement pour les jeunes est dit ‘’camp de leadership’’ en ce qu’il participe à la quête permanente de l’excellence.

 Cette édition 2018, dont le thème était : «promotion des valeurs culturelles du Burkina Faso pour une jeunesse responsable» a regroupé soixante-six (66) jeunes et adolescents venus des unités programmes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Seul le mérite a prévalu au choix de ces jeunes. Si certains étant illustrés par leurs résultats aux examens scolaires, d’autres par leur rang à l’admission en classe supérieure, un dernier groupe concerne ceux et celles qui ont su faire preuve de discipline en apprentissage de métier. Avec pour objectif de «Contribuer à la sauvegarde et au respect des valeurs culturelles du Burkina Faso», ce camp qui, une semaine durant, a conduit les jeunes à des activités sportives et culturelles, des conférences et des excursions.

 Des thèmes actuels et originaux ont été développés par d’éminents conférenciers comme Sa majesté le Pô Pè, chef coutumier de la ville de Pô, et des techniciens du ministère de la culture. Lors de la cérémonie de clôture du camp intervenue le 19 août 2018, le représentant des jeunes campeurs a montré leur joie d’avoir été bénéficiaires de ce cadeau de vacances. Il a aussi exprimé leur gratitude à l’endroit de tous les encadreurs et des responsables de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso, et souhaité que cette action se pérennise. Le responsable de la Cellule d’Encadrement des Jeunes (CEJ) a traduit la grande satisfaction de l’équipe à l’issue de l’exécution du programme, sûr de l’impact positif que le camp aura sur les jeunes.

 Le Directeur National de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso a salué la présence des nombreuses autorités venues soutenir l’évènement. Une mention particulière a été faite à Sa majesté le Pô Pè, parrain de la présente édition du camp. ‘’Jeunes, vous êtes les meilleurs’’ ; c’est en ces termes que Ousséni Nyantudré s’est adressé aux campeurs, fier des résultats obtenus après une semaine d’intenses activités. Pour SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso, l’excellence dans l’éducation est une quête permanente et les différents acteurs mettent en œuvre tous les moyens dont ils disposent pour mener les enfants et les jeunes pris en charge par l’organisation à leur plein épanouissement et leur réussite intégrale.
                                                                                                               Par Victor KOMONDI

Cap enfance positive : un mois, un thème, une heure de télé.

SOS Villages d’Enfants Burkina Faso renforce d’avantage sa visibilité. En consortium avec 12 autres associations et ONG, dont Christian Children Fund of Canada, il été a lancé en juin dernier, une émission télévisée au titre évocateur de «Cap enfance positive». Oui, tout est dit dans ce titre, et l’émission mensuelle d’une heure est un outil au service des objectifs fédérateurs des organisations partenaires. Il vient combler un vide général dans les espaces médiatiques du Burkina Faso où les sujets sur l’enfance sont sporadiques, manquent de la visibilité nécessaire pour impacter les opinions et induire des comportements. 


Ambitieux au regard de l’état des lieux, les objectifs de Cap enfance positive sont de nature à communiquer et à sensibiliser. Dans la première année, c’est un projet qui vise à poser avec pertinence la problématique de l’épanouissement de l’enfance au Burkina Faso. Entre juin 2018 et mai 2019, les thèmes discutés sur la chaîne de télévision BF1 par des acteurs avertis, devront toucher différentes cibles, des décideurs aux parents d’enfants, en passant par les leaders de communautés et les partenaires techniques et financiers. Préenregistrée, la première émission a été diffusée le samedi 30 juin dernier et animée par le réseau Focus des Organisations pour la Réalisation de la Convention Relative aux droits des Enfants ( FORCE), les invités ont planché sur la question des enfants sur les sites d’orpaillages traditionnels artisanaux au Burkina Faso.


Le sujet doit sa pertinence aux effets pervers du boom minier dans notre pays, et précisément aux efforts d’exploitation de l’or par les populations au moyen d’outils rudimentaires, faisant appel à la main d’œuvre infantile. Les panelistes ont unanimement fait le lien entre d’une part la présence des enfants sur les sites artisanaux traditionnels et d’autre part, la pauvreté des familles, l’accessibilité de la main d’œuvre enfantine, et les diverses activités de leurs parents en ces lieux. Or les sites d’orpaillage, caractérisés par la dangerosité des différentes opérations d’exploitation et un environnement matériel précaire, sont de loin des milieux inappropriés pour l’exercice des droits de l’enfant. Au mépris de leur développement, les enfants sont victimes, sinon impliqués dans différents phénomènes vécus par leurs communautés : braquage, drogue, prostitution, analphabétisme, trafics divers, pires formes de travail, accidents et maladies de travail… En amont de l’émission, un micro-trottoir a permis de mesurer le degré de connaissance de la question par le citoyen lambda, et son opinion. 

Les réactions et commentaires appropriés des panelistes ont jeté une lumière sur l’état des lieux, les implications en termes de développement de l’enfant et de droit. D’où des interpellations. D’abord à l’endroit des parents, responsables immédiats du devenir de leurs enfants ; à l’endroit des partenaires financiers pour la mise à disposition de moyens de communication et de sensibilisation ; et enfin à l’endroit du politique qui dispose des prérogatives de contrainte et de répression. Bien d’autres thèmes ont déjà été débattus et diffusés, comme par exemple: ‘’comment prendre en compte efficacement les aspects de protection de l’enfant dans le contexte de la décentralisation au Burkina, et quelles solutions contre le rap et le mariage d’enfants à l’est du Burkina Faso’’.

 De quoi permettre, à moyen terme, de parvenir entre autres, à une meilleure appropriation des textes et des dispositions en vigueur, et à susciter un intérêt de plus en plus accru de l’opinion nationale sur la question de l’enfance.

                                                                                          Par Victor KOMONDI

Entretien avec Daniel Barroy, Président de SOS France

Lorsqu’on rencontre Daniel Barroy il n’est pas besoin de passer beaucoup de temps avec lui pour se rendre compte que nous sommes en présence d’une personne bien avenante. De prime a bord, il vous englobe de sa présence rassurante qui ne cache pas l’expérience de l’humain qu’il recèle. Simplicité, ouverture et sincérité caractérisent également l’homme quand il parle de ce qui a toujours été l’essentiel de sa vie. Nous avons profité de son séjour au Burkina Faso pour lui poser quelques questions. Pour le Président des Villages d’Enfants SOS de France, au cours des 20 dernières années, l’appui de SOS France à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso n’a jamais fait défaut. S’adressant aux jeunes de SOS Burkina Faso, il lance un appel selon lequel ils devront prendre en main leur destin. 




Prunelle : Pouvez-vous vous présenter et présenter brièvement SOS France ? 

Daniel Barroy : je suis président de SOS France depuis deux ans, par ailleurs dans la vie professionnelle, fonctionnaire administrateur général au ministère de la culture à Paris. Alors SOS France c’est donc une des premières associations SOS qui ont été créées, (nous avons fêté notre soixantième anniversaire il y a un an en 2016;) qui a été créé dans le nord de la France sur le modèle qu’avait Gilbert COTTEAU sur le modèle qu’avait décliné Herman Gmeiner ( Ndl : Fondateur de SOS Villages d’ Enfants ) et nous sommes aujourd’hui considérés comme une PSA ( Ndl Association de Promotion et de Soutien ) c’est-à-dire que nous avons quatorze Villages d’Enfants SOS en France, nous avons d’ailleurs quatre villages à construire en France dans les années qui viennent et puis nous participons au financement d’un certain nombre d’associations dans le monde dont le Burkina Faso. 
Prunelle : Justement parlant du Burkina Faso, quelles impressions éprouvez-vous après ce contact avec SOS Villages d’Enfants Burkina Faso ? 

Daniel Barroy : Ecoutez, c’est un premier contact ! D’abord je voudrais vous dire que je me réjouis vraiment ; c’est pour nous vraiment important que SOS Villages d’Enfants Burkina Faso puisse retrouver une organisation en association, c’est pour nous tout à fait important ; ça c’est la première remarque. La deuxième remarque, j’ai, dans les différents échanges que j ’ai eus avec Monsieur Boly, constaté aussi les efforts que développent les équipes au Burkina pour mobiliser l’ensemble des partenaires sur le terrain, que ce soit pour les partenaires gouvernementaux, que ce soit les entreprises et éventuels gros donateurs. Je pense que c’est quelque chose qui, pour nous aussi, est un symbole de la confiance que votre association peut développer sur le plan pays et aussi la confiance que nous pouvons avoir dans les relations avec vous.

Prunelle : SOS VE BF commémore les vingt ans de travail, travail effectué en étroite partenariat avec SOS France : Quel bilan faites-vous de ce partenariat ?

 Daniel Barroy : Ecoutez, c’est la première fois que je viens au Burkina Faso, donc, je ne peux avoir qu’une vision assez théorique ; nous sommes alors très fiers finalement d’être en quelque sorte (et nous tenons à ce que ça reste notamment dans les statuts de l’association en cours de création), avec évidemment les acteurs burkinabé, fondateurs de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso et, par-delà les difficultés que le pays a pu connaitre au cours des vingt ans, notre appui et notre participation n’ont jamais fait défaut. Il y a deux villages qui touchent aujourd’hui 2000- 2600 enfants avec les différents programmes. Je vais voir le Village de Ouagadougou bientôt mais ce bilan fait que nous sommes évidemment et nous resterons à l’écoute de vos projets et de vos développements.
 Prunelle : Y’a-t-il des perspectives de développement pour les associations nationales que vous soutenez dans le monde entier, notamment SOS Villages d’Enfants Burkina Faso? 

 Daniel Barroy : Alors il y a deux aspects dans votre question : il faut en être conscient, la capacité de mobilisation des ressources en Europe, dans les associations européennes, sont quand même aujourd’hui plus difficiles que cela ne l’était il y a quinze ans et donc la fédération tente, (et je crois que c’est un enjeu important) de développer des financements de la part de continents autres que le seul continent européen. Par ailleurs, évidemment, nous, SOS France, nous restons extraordinairement attentifs à ce que les moyens dont nous pouvons disposer restent, comment dire, soit en priorité utilisés au bénéfice des enfants et le plus possible au bénéfice des enfants ; alors l’autre volet de votre question c’est les projets de développement au Burkina : j’en ai parlé à l’instant avec Monsieur Boly et le directeur national : oui il y’en a nécessairement, nous sommes attentifs ; ça va suivre son cours mais ce n’est pas à nous de déterminer ce que sont vos priorités ; donc c’est précisément votre association qui le fera, en liaison bien sûr avec la fédération internationale.

 Prunelle : En 2007, avant que SOS Villages d’Enfants Burkina Faso n’entre dans un cycle de conflits, il avait été projeté la construction d’un troisième village au BF, en avez-vous entendu parler ? Si oui qu’en est-il aujourd’hui ?

Daniel Barroy : J’en ai entendu parler mais, comment dire, ce projet peut venir en concurrence d’autres préoccupations. En tout état de cause, nous avons bien défini une méthode de travail pour que justement les priorités puissent être non seulement fixées mais rendues opérationnelles dans les années qui viennent parce que, je crois, il y a plusieurs problèmes qui se posent et il faut arriver à gérer un échelonnement à la fois en investissements ; puis, n’oubliez pas que c’est aussi notre préoccupation et quand je dis notre préoccupation, entendez que c’est aussi notre fierté. Quand nous finançons un programme, nous savons bien que quelque part, il y a un engagement moral à assumer le financement de son fonctionnement au moins pendant un certain temps. Voilà, j’ai entendu parler du projet, on va voir comment on va pouvoir le mettre et encore une fois, on va le voir avec le Bureau Régional de KDI ( Ndl. Kinderdorf International ) et avec les équipes ici dans le pays.

Prunelle : Quel message auriez-vous à transmettre aux enfants, aux jeunes de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso?
Daniel Barroy : Vous savez, nous, notre préoccupation, c’est au travers de notre modèle, le modèle de KDI ( Ndl Kinderdorf International ) c’est-à-dire la fratrie - la mère - la maison - le village. Nous considérons que c’est vraiment la démarche qui permet aux enfants qui nous sont confiés de devenir des citoyens à part entière. Alors, en terme un peu technocratique, on dirait d’aller vers l’autonomie en tant que futurs adultes et donc, moi, je leur dirai surtout qu’ils aient confiance mais, à côté de cela, qu’ils prennent en main aussi leur destin. Voilà !

Propos recueillis par Victor KOMONDI