Elever des triplets de garçons, si gentils soient-ils, est un triple défi, qu’il n’est pas donné à tous de relever.
Au Village d’Enfants SOS de Ouagadougou, on se souvient des frères Dolkom, des triplets admis en
1997, trois success stories, qui révèlent le sens du combat de notre organisation. Installés aux places qu’ils
ont choisies dans la société, ils témoignent respectivement d’un moral à toute épreuve, et d’un passé
pleinement assumé.
Dominique : Sa verve rassure avant qu’il vous conte
l’histoire qui est la sienne, celle d’une enfance qui aurait pu être difficile ; celle d’un jeune homme en quête
d’un emploi décent ; mais aussi, celle d’un accomplissement au bout d’un travail d’équipe au sein de SOS
Villages d’Enfants. Son parcours à la suite de son séjour au Village d’Enfants SOS décrit effectivement
son combat pour se faire une place dans le monde du
travail. L’ancien enfant SOS est aujourd’hui réceptionniste à l’hôpital de district de Bogodogo. « J’ai trois
sources de revenus qui me permettent de vivre dignement, et au-delà, de subvenir aux besoins
d’autres personnes », se réjouit- il.
Avant qu’il ne quitte SOS Villages d’Enfants, il se forme au
métier d’instituteur à l’Ecole
Nationale des Enseignants du
Primaire(ENEP) de Loumbila. A
l’issue de cette formation il n’est pas
reçu au test de recrutement d’enseignants dans la fonction publique.
Dynamique, il est embauché agent
commercial pour des produits
d’assurance, par une maison de la place. C’est que
l’homme dispose d’assez de qualités humaines pour
faire un bon agent commercial. Très vite, son carnet
d’adresses s’étoffe et l’avenir lui semble prometteur
dans cet univers.
Pourtant Dominique se sent insatisfait, et va se porter
candidat au test de recrutement de réceptionnistes. «
Mon admission à ce poste relève du miracle », s’étonne
- t - il encore quand il
évoque les épreuves de
ce recrutement. « Nous
étions 300 candidats au
départ, précise-t-il.
L’on devait alors procéder à un tir au sort
pour en retenir 20.
Je fus de ce groupe. Après le test, 5 personnes ont été retenues
pour l’entretien d’embauche. Au bout du rouleau, 02
personnes furent retenues, dont moi, le veinard ! »
Il
met cela à l’actif de l’éducation reçue à SOS Villages
d’Enfants Burkina Faso. « Nous avons, mes frères et
moi, reçu une très bonne éducation. Au Village d’Enfants SOS, comme à la Cellule d’Encadrement des
Jeunes, nous avons toujours reçu des conseils nous
invitant à la persévérance quoi qu’il arrive ». Et pour
lui, ne pas exercer le métier d’instituteur n’est pas une
fatalité dans la mesure où il profite des acquis de sa
formation.
La preuve est que, réceptionniste qu’il est, il dispense
encore des cours de soutien, et continue d’officier en
qualité de freelance pour l’assureur qui l’employait.
«Alors que j’étais agent commercial, j’ai pu établir un
bon carnet d’adresses. Si bien que je reste sollicité par
les clients pour l’assurance de leurs automobiles. Mais
pour en arriver là, j’ai dû comprendre le secret du métier : communiquer, séduire le client, le fidéliser et
surtout maintenir le contact avec lui. En somme, c’est
ce qui me vaut les ristournes que je perçois pendant
que je suis hors de l’entreprise ». Dominique est un
fonceur qui assume son parcours. Sans complexe, il y
reconnait le mérite de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso. Il se souvient particulièrement de ce jour de
1997, lorsqu’après la disparition de leur père, ils y ont
été admis.
Laurent : Comme son frère Dominique, Laurent
commence par une formation professionnelle, celle
d’Infirmier Diplômé d’Etat. A la fin du cycle, Laurent
passe deux ans en quête d’intégration à la fonction
publique. Avant cette intégration, il devrait se contenter d’un poste dans le privé dont les revenus lui permettent à peine de vivre. Cependant, cela n’est
pas un motif de découragement. Il sera enfin retenu à la promotion de 2018. Plutôt satisfait, il affiche de l’enthousiasme
quant à ses débuts : « Je suis
affecté à DANDE à
100 km de Bobo -
Dioulasso. Je dois avouer qu’au début, être infirmier
représentait pour moi une opportunité professionnelle. A présent, c’est mieux que cela. Je ne regrette
pas d’avoir embrassé ce noble métier. Quand je vois
le retour que me font les patients sur l’attention que
je leur porte, je me dis que c’était plutôt une vocation
tardive » nous confie – t – il, le sourire aux lèvres.
Se
remémorant son parcours à SOS Villages d’ Enfants
Burkina Faso, il marque une halte sur un pan de son
histoire qui reste pour lui sujet à de nombreux souvenirs dont celui-ci :
« Lorsque nous étions à la Cellule d’Encadrement des
Jeunes (CEJ), il m’est arrivé d’avoir une moyenne trimestrielle insatisfaisante, 09/20. Le responsable de la
CEJ à l’époque, m’a fait appeler, et dans le secret de son
bureau, il m’a dit ceci: « Ecoute, je ne sais pas ce qui
t’arrive, mais sache que si tes frères ont obtenu une
bonne moyenne, toi aussi tu peux le faire. A la prochaine évaluation, je veux que tu me montres que tu
es aussi capable. » Et ce fut le cas, la courbe de ma
moyenne a commencé à grimper. Puis ce fut le tour
des autres éducateurs de s’intéresser à mon travail.
Très vite, j’ai pu remonter la pente.
Du reste, les encadreurs et notre maman SOS sont des
personnes auxquelles je suis à jamais attaché. Ce sont
des membres de ma famille. La notion de la famille,
c’est à eux que nous la devons. Je trouve difficilement
des mots de reconnaissance à l’endroit de SOS Villages
d’Enfants Burkina Faso et de ses partenaires.
Profitant largement de leurs efforts, nous sommes devenus
des hommes accomplis et comblés aux plans professionnel et social. Malgré la difficulté de l’emploi au
Burkina Faso, nous avons mes frères et moi,
réussi à nous frayer un chemin et à trouver une place au soleil. Mais pour nous
[NDLR : Laurent, Dominique, et Jean], la
meilleure reconnaissance ne sera pas que
des mots, nous voulons la traduire en
actes concrets en nous engageant à aider nos frères encore sous la tutelle de SOS
Villages d’Enfants Burkina Faso.
Jean : Jean a commencé sa formation professionnelle au
Lycée Privé le Technicien, puis au Lycée de la Jeunesse
(Ouagadougou), où il s’est orienté en construction
bâtiment. Spécialiste en génie civil, il a un travail à
plein temps dans une brasserie de la place. Bien avant,
Jean était tâcheron, travaillant à son propre compte.
Avec plusieurs cordes à son arc, Jean saisit volontiers
toute opportunité d’activité lucrative, en particulier à
ses heures perdues. Aujourd’hui, avec son expérience,
il trouve quelques marchés de construction qu’il
conduit ou sous-traite.
Parti à la rencontre d’un triplet ayant vécu dans l’un
des Village d’Enfants SOS du Burkina Faso, nous
avons redécouvert le trio complémentaire dont les
mamans SOS se souviennent. Les décisions sont prises
lorsque le quorum est atteint, c’est-à-dire lorsque deux
sont avisés. Selon l’envergure du sujet, la maman SOS
peut être mise à contribution. Une séduisante leçon
de démocratie en famille qui ne peut laisser personne
indifférent.
Par Victor KOMONDI
Par Victor KOMONDI
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire