lundi 30 mars 2020

Les frères Doulkom, un parcours exemplaire

Elever des triplets de garçons, si gentils soient-ils, est un triple défi, qu’il n’est pas donné à tous de relever. Au Village d’Enfants SOS de Ouagadougou, on se souvient des frères Dolkom, des triplets admis en 1997, trois success stories, qui révèlent le sens du combat de notre organisation. Installés aux places qu’ils ont choisies dans la société, ils témoignent respectivement d’un moral à toute épreuve, et d’un passé pleinement assumé.

Dominique : Sa verve rassure avant qu’il vous conte l’histoire qui est la sienne, celle d’une enfance qui aurait pu être difficile ; celle d’un jeune homme en quête d’un emploi décent ; mais aussi, celle d’un accomplissement au bout d’un travail d’équipe au sein de SOS Villages d’Enfants. Son parcours à la suite de son séjour au Village d’Enfants SOS décrit effectivement son combat pour se faire une place dans le monde du travail. L’ancien enfant SOS est aujourd’hui réceptionniste à l’hôpital de district de Bogodogo. « J’ai trois sources de revenus qui me permettent de vivre dignement, et au-delà, de subvenir aux besoins d’autres personnes », se réjouit- il. Avant qu’il ne quitte SOS Villages d’Enfants, il se forme au métier d’instituteur à l’Ecole Nationale des Enseignants du Primaire(ENEP) de Loumbila. A l’issue de cette formation il n’est pas reçu au test de recrutement d’enseignants dans la fonction publique. Dynamique, il est embauché agent commercial pour des produits d’assurance, par une maison de la place. C’est que l’homme dispose d’assez de qualités humaines pour faire un bon agent commercial. Très vite, son carnet d’adresses s’étoffe et l’avenir lui semble prometteur dans cet univers. 

 Pourtant Dominique se sent insatisfait, et va se porter candidat au test de recrutement de réceptionnistes. « Mon admission à ce poste relève du miracle », s’étonne - t - il encore quand il évoque les épreuves de ce recrutement. « Nous étions 300 candidats au départ, précise-t-il. L’on devait alors procéder à un tir au sort pour en retenir 20. Je fus de ce groupe. Après le test, 5 personnes ont été retenues pour l’entretien d’embauche. Au bout du rouleau, 02 personnes furent retenues, dont moi, le veinard ! »
 Il met cela à l’actif de l’éducation reçue à SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. « Nous avons, mes frères et moi, reçu une très bonne éducation. Au Village d’Enfants SOS, comme à la Cellule d’Encadrement des Jeunes, nous avons toujours reçu des conseils nous invitant à la persévérance quoi qu’il arrive ». Et pour lui, ne pas exercer le métier d’instituteur n’est pas une fatalité dans la mesure où il profite des acquis de sa formation. La preuve est que, réceptionniste qu’il est, il dispense encore des cours de soutien, et continue d’officier en qualité de freelance pour l’assureur qui l’employait. «Alors que j’étais agent commercial, j’ai pu établir un bon carnet d’adresses. Si bien que je reste sollicité par les clients pour l’assurance de leurs automobiles. Mais pour en arriver là, j’ai dû comprendre le secret du métier : communiquer, séduire le client, le fidéliser et surtout maintenir le contact avec lui. En somme, c’est ce qui me vaut les ristournes que je perçois pendant que je suis hors de l’entreprise ». Dominique est un fonceur qui assume son parcours. Sans complexe, il y reconnait le mérite de SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso. Il se souvient particulièrement de ce jour de 1997, lorsqu’après la disparition de leur père, ils y ont été admis. 

Laurent : Comme son frère Dominique, Laurent commence par une formation professionnelle, celle d’Infirmier Diplômé d’Etat. A la fin du cycle, Laurent passe deux ans en quête d’intégration à la fonction publique. Avant cette intégration, il devrait se contenter d’un poste dans le privé dont les revenus lui permettent à peine de vivre. Cependant, cela n’est pas un motif de découragement. Il sera enfin retenu à la promotion de 2018. Plutôt satisfait, il affiche de l’enthousiasme quant à ses débuts : « Je suis affecté à DANDE à 100 km de Bobo - Dioulasso. Je dois avouer qu’au début, être infirmier représentait pour moi une opportunité professionnelle. A présent, c’est mieux que cela. Je ne regrette pas d’avoir embrassé ce noble métier. Quand je vois le retour que me font les patients sur l’attention que je leur porte, je me dis que c’était plutôt une vocation tardive » nous confie – t – il, le sourire aux lèvres.
 Se remémorant son parcours à SOS Villages d’ Enfants Burkina Faso, il marque une halte sur un pan de son histoire qui reste pour lui sujet à de nombreux souvenirs dont celui-ci : « Lorsque nous étions à la Cellule d’Encadrement des Jeunes (CEJ), il m’est arrivé d’avoir une moyenne trimestrielle insatisfaisante, 09/20. Le responsable de la CEJ à l’époque, m’a fait appeler, et dans le secret de son bureau, il m’a dit ceci: « Ecoute, je ne sais pas ce qui t’arrive, mais sache que si tes frères ont obtenu une bonne moyenne, toi aussi tu peux le faire. A la prochaine évaluation, je veux que tu me montres que tu es aussi capable. » Et ce fut le cas, la courbe de ma moyenne a commencé à grimper. Puis ce fut le tour des autres éducateurs de s’intéresser à mon travail. Très vite, j’ai pu remonter la pente. Du reste, les encadreurs et notre maman SOS sont des personnes auxquelles je suis à jamais attaché. Ce sont des membres de ma famille. La notion de la famille, c’est à eux que nous la devons. Je trouve difficilement des mots de reconnaissance à l’endroit de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso et de ses partenaires. 

Profitant largement de leurs efforts, nous sommes devenus des hommes accomplis et comblés aux plans professionnel et social. Malgré la difficulté de l’emploi au Burkina Faso, nous avons mes frères et moi, réussi à nous frayer un chemin et à trouver une place au soleil. Mais pour nous [NDLR : Laurent, Dominique, et Jean], la meilleure reconnaissance ne sera pas que des mots, nous voulons la traduire en actes concrets en nous engageant à aider nos frères encore sous la tutelle de SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. 

Jean : Jean a commencé sa formation professionnelle au Lycée Privé le Technicien, puis au Lycée de la Jeunesse (Ouagadougou), où il s’est orienté en construction bâtiment. Spécialiste en génie civil, il a un travail à plein temps dans une brasserie de la place. Bien avant, Jean était tâcheron, travaillant à son propre compte. Avec plusieurs cordes à son arc, Jean saisit volontiers toute opportunité d’activité lucrative, en particulier à ses heures perdues. Aujourd’hui, avec son expérience, il trouve quelques marchés de construction qu’il conduit ou sous-traite.

 Parti à la rencontre d’un triplet ayant vécu dans l’un des Village d’Enfants SOS du Burkina Faso, nous avons redécouvert le trio complémentaire dont les mamans SOS se souviennent. Les décisions sont prises lorsque le quorum est atteint, c’est-à-dire lorsque deux sont avisés. Selon l’envergure du sujet, la maman SOS peut être mise à contribution. Une séduisante leçon de démocratie  en famille qui ne peut laisser personne indifférent.
                                                                                                                        Par Victor KOMONDI

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