Le 26 juin dernier la communauté mondiale
célébrait la journée internationale de lutte
contre l’abus et le trafic des drogues.
L’opportunité de revenir sur cet événement
répond au souci de SOS Villages d’Enfants
Burkina Faso, à l’occasion, de mettre en relief
un problème de santé publique au Burkina
Faso, qui plus, menace l’épanouissement
de la jeunesse. Il faut malheureusement
constater que le phénomène de la drogue
affecte l’école, menace l’équilibre de
la famille, tout en mettant en jeu les
fondements de l’économie. En tirant la
sonnette d’alarme notre rédaction espère
faire œuvre utile pour la prise en compte
immédiate de la question par l’Etat et ses
partenaires.
Aux côtés de nombreux fléaux, aujourd’hui la drogue
guète nos enfants à l’école. Tandis qu’il a été un tabou par
le passé, du fait de la répression et des risques multiples,
la drogue est aujourd’hui une denrée de consommation
courante dans les milieux jeunes, d’où son
entrée dans la cour de l’école. Criard dans
les centres urbains, le phénomène marque
aussi sa présence dans les villes moyennes
et en milieu rural. C’est un fait accompli
au Burkina Faso ; malgré la discipline de
l’école et la sensibilisation, la drogue y
est présente, menace les fondements de
cette institution, et sème le désarroi dans
les familles.
Parmi les raisons invoquées
on relève le snobisme, l’effet de mode,
ou encore l’illusion de prendre la drogue
pour un palliatif aux difficultés de la
vie scolaire ou familiale. Qu’importe,
« une jeunesse malade est une charge
pour la société », soutient M. Soumaïla
SAWADOGO, Directeur de l’Education
Permanente et des stratégies éducatives
des jeunes, Conseiller de jeunesse et
d’éducation permanente. Aucune étude
nationale disponible ne permet de rendre compte de
l’ampleur du phénomène. L’on peut toutefois s’en
tenir à un sondage de U-report en milieu jeunes, cité
par le «Guide d’animation sur les conduites addictives
des adolescents et des jeunes» (septembre 2017) du
Ministère de la jeunesse, de la formation et de l’insertion
professionnelle. Ce sondage a le mérite de donner une
certaine appréciation du phénomène de la drogue
dans le milieu scolaire qui est une partie représentative
de la jeunesse.
A la question : « les enfants et élèves
consomment-ils la drogue dans ton milieu ? » 40% des
8 998 répondants sur 20 246 interrogés, ont répondu
oui ; à la question, « as-tu une fois déjà pris la drogue
? » 12% des 7 953 répondants sur 9 059 interrogés ont
dit oui ; et à la question : « quel groupe consomme le
plus la drogue ? Filles ou garçons ? », 11% des 5 329
répondants sur 5 889 interrogés ont affirmé que ce
sont les filles contre 89% pour les garçons. D’ailleurs, le
nombre de cas rencontrés au quotidien par les services
de répression et les services psychiatriques du Centre
Hospitalier National Yalgado Ouédraogo sont des
indices inquiétants. L’environnement des jeunes et ses
mutations y sont – ils pour quelque chose ?
Longtemps pays de transit, le Burkina Faso est devenu
un pays de consommation, à tel point que le phénomène
concerne les scolaires. Quelques recherches nous
La drogue,
l’autre obstacle aux droits des jeunes
Dossier
6 N°003 Août 2019
renseignent que le Burkina Faso dans les années 80
fut effectivement une zone de transit sous l’impulsion
d’expatriés en provenance de pays voisins.
La drogue
était alors signalée dans les villes frontalières et était
l’apanage de personnes adultes. De fait, l’heure n’était
pas au trafic local qui prévaut actuellement, impliquant
la jeunesse scolarisée et non. L’évolution de cet
environnement correspond à un nouveau contexte face
auquel les jeunes ne semblent pas disposer de moyens de
résilience. Ce contexte est celui à la fois de la production,
du trafic et de la consommation (cannabis notamment).
Le 23 mars 2017, 2 tonnes de cannabis d’une valeur de
170 millions de FCFA ont été saisies dans le village de
Topera (Nako), région du Sud-Ouest. Sur l’ensemble
du territoire, un bilan sur les quantités des drogues
saisies entre 2014 et 2018 a de quoi inquiéter. En effet,
les forces de sécurité et la douane ont saisie en 2014
les quantités suivantes de drogues : cannabis, 53,502t
; cocaïne, 22,68kg ; héroïne, 0,16kg ; médicaments
prohibés, 11,363t. Pour chacune de ces drogues, les
chiffres seront les suivants en 2018 : cannabis, 10,625t
; cocaïne, 5,665kg ; héroïne, 18,603kg ; médicaments
prohibés, 75,294t. Un coup d’œil permet donc de
constater un recul du cannabis et de la cocaïne, tandis
que l’héroïne et les médicaments
prohibés (largement distribués)
sont en nette progression. Selon
M. Sawadogo, l’accroissement du
phénomène dans les lycées serait
d’abord imputable à une facilité
d’accès qui pousserait les jeunes à
franchir le pas.
Il s’agit plutôt de la
disponibilité actuelle des produits
dans notre pays dont les multiples
frontières restent poreuses
malgré les efforts de l’Etat. Il met
également en cause le contexte
du terrorisme qui aurait fait de
l’Afrique de l’Ouest une plaque
tournante.
La drogue, phénomène de mode
D’autres préoccupations sont
également relevées par le spécialiste de la jeunesse : l’appât
du gain facile (pour les jeunes trafiquants), la défaillance
du système éducatif, l’insuffisance de la répression, la
drogue comme phénomène de mode (parfois montré
par les médias), l’idée chez ces jeunes d’en consommer
pour être forts et respectés dans leurs groupes d’amis.
Sans oublier qu’au sein de la jeunesse, des pratiques
telle la fréquence des soirées «killing» sont à dénoncer.
Ces sortes de soirées en vogue où tout serait permis,
à commencer par l’abus de drogue et le sexe. Lors de
ces soirées différents types de drogues circuleraient à
volonté, ainsi que des cocktails de boissons fortement
alcoolisées, sans oublier le tabac.
L’on emploi souvent le mot drogue pour autant parler
du fléau de la toxicomanie ; cependant plusieurs types
de produits sont en circulation. Ceux rencontrés
dans notre pays et consommés par les jeunes sont
l’héroïne, le cannabis, la cocaïne, et les psychotropes.
Dans ce dernier groupe se trouvent des médicaments
détournés de leur destination ou de leur usage normal.
Les tramadol, bleu-bleu et autres missiles, des produits
d’origine douteuse illustrent parfaitement cette réalité.
En vente parmi les médicaments de la rue, leur
popularité dans le milieu des jeunes – ouvriers, élèves,
étudiants- est l’objet d’une tolérance déconcertante.
Sont aussi à dénoncer les séances chicha, des bars
chicha où les consommateurs absorbent des produits
de nature inconnue. Parallèlement à la drogue, diverses
formes de violences sont de plus en plus légion dans
nos lycées. Bagarres, rixes, brimades, agression à l’arme
blanche, voire au revolver…Y aurait-il un lien de cause
à effet ?
L’on pourrait émettre quelques réserves, mais tout
porte à croire que ce fléau est de nature à engendrer un
climat d’insécurité à l’école, s’il ne venait pas à remettre
en cause la fonction de celle-ci.
L’école serait-elle faible
face au phénomène de plus en plus préoccupant de la
drogue ? Il semble plutôt judicieux d’envisager des pistes
de solutions impliquant tous les acteurs y compris ceux
de l’école, comme le suggèrent certains experts. Si besoin est, il faut d’emblée considérer l’âge des
lycéens, qui est éminemment celui dévolu à des
mutations physiologiques et physiques se traduisant par
un fort besoin de s’affranchir de l’ordre établi, y compris
des valeurs défendues par la société. Surviennent les
premières expériences, une multitude de prises de
risques, et des défis que l’adolescent se lance à lui-même.
S’en suit aussi la prise de distance d’avec les parents.
Ceux-ci ont donc un rôle important à jouer dans
l’information sur leur enfant, sur les risques sanitaires
et juridiques, l’écoute, le bon exemple, le dialogue avec
les éducateurs et la mise en place d’un environnement
psycho-affectif favorable à son épanouissement.
Quant à l’Etat burkinabè il dispose de mesures
préventives et répressives fondées sur un ensemble
de textes juridiques. En effet, le Burkina Faso a ratifié
successivement les conventions internationales de
1961 sur les stupéfiants, de 1971 sur les substances
psychotropes et de 1988 sur les trafics illicites des
stupéfiants et des substances psychotropes par l’effet,
respectivement des décrets N°62-169 du 31/10/62,
du Kiti AN IV-235 du 31/12/86 et du décret 92-93 du
5/5/92.
Au niveau sous régional, notre pays a ratifié
des conventions en tant que membre de la CEDEAO
(Communauté économique des Etats de l’Afrique
de l’Ouest) sur l’entraide judiciaire et l’extradition. A
l’interne, un dispositif permet le contrôle des drogues
: il s’agit entre autres du décret du 23 Juin 1999 (N°99-
213/PRES), par lequel le Président du Faso a promulgué
la Loi N°017/99/AN portant code des drogues adopté
le 29 Avril 1999 par l’Assemblée Nationale.
Les organisations de la société civile et les services
spécialisés de l’Etat doivent conjuguer leurs efforts
pour développer de nouvelles stratégies de lutte plus
dissuasives et plus efficaces.
Par Victor KOMONDI

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