jeudi 25 février 2016

Christelle, ou le parcours d’une vie atypique.


Christelle quelques mois après son admission au Village de bobo
Dans le village de Kiri dans la province du Mouhoum,  situé à près de 600 km de Ouagadougou la capitale politique du Burkina Faso, vit un jeune père du nom de Henri  Naba. Henri est un jeune père de famille ; outre les travaux champêtres, il exerce de petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Avec son épouse Blandine, ils ont deux enfants dont Georges quatre ans  et  Christelle, la petite dernière d’un mois. Cette famille, comme  des milliers d’autres au Burkina,  vit le train-train quotidien jusqu’au jour où trop trempée par les eaux, la case en banco qui loge la famille s’écroule,  exposant celle-ci  aux affres de la saison pluvieuse. Armé de courage  le père entreprend de reconstruire un nouvel abri, les quatre sont relogés grâce à la solidarité des voisins. Mais comme si la première épreuve ne suffisait pas, voilà que de nouveau, la case des quatre est de nouveau emportée par les eaux de la saison hivernale. L’enchainement des événements dans la famille de Henri le laisse interrogateur sur son sort.  Ses questions  ne trouvant pas de réponse,  il verse dans le fatalisme. Ce cycle de malheur semble être pour lui un signe annonciateur d’un malheur plus grand.
Pour Henri, la seule manière de rompre ce cycle est l’exode. Il décide ainsi de quitter le village pour la capitale, Ouagadougou, fondant leur espoir que le rêve burkinabè est à Ouagadougou. Mais tout rêve à sa part de surprise. Et c’est à ses dépens que le jeune père de famille découvrira les limites de l’hospitalité en ville, qui ne lui a donné que des cauchemars.
En effet, de nombreux brefs séjours dans des familles des parents de sa femme se soldent par un désenchantement. Cette expérience amère lui inspire une autre aventure. Ayant échoué à Ouagadougou, et décidé à ne plus retourner dans son village, contre l’avis de sa femme, il décide d’aller à Bobo-Dioulasso la capitale économique, cette fois – ci en compagnie de l’ainé Georges. La femme, elle, est restée à Ouagadougou avec le nourrisson.
Une fois arrivé à Bobo-Dioulasso ne connaissant personne, ils cherchent une maison en vain. Que faire donc en pleine saison hivernale ? Il faudra bien trouver un abri où loger. Après maintes recherches ils trouvent finalement un camion abandonné. C’est sous cette voiture laissée à l’abandon depuis des années  que Henri et son fils aîné Georges élurent domicile. La question du logement résolue, il restait désormais à trouver de quoi s’alimenter, ainsi que les autres besoins naturels. Chaque jour, ils s’abandonnaient ainsi à la providence.
Qu’est devenue sa femme Blandine restée à Ouagadougou ? Un mois après le départ de Ouagadougou, la femme de Henri décède. Après le décès de Blandine, le nourrisson, une fille du nom de Christelle que cette dame abandonne, tombe gravement malade.  Elle venait d’avoir seulement trois mois, le bébé fut ramené à son père  à Bobo-Dioulasso.
Désormais, il avait en charge ses deux enfants à élever sous la voiture abandonnée. Les conditions d’une telle vie sont difficiles à supporter avec un bébé de trois mois en plein mois de juillet où la pluviométrie est plutôt abondante. Tous les deux enfants sont exposés aux maladies et Christelle ne tardera pas à attraper la teigne qui va ronger son cuir chevelu, son front et une grande partie de son visage, la  rendant presque méconnaissable. Christelle, très malnutrie, était devenue une fresque de la misère familiale.
Dès lors la famille de Henri n’est plus qu’une scène pathétique qui retient l’attention de certains passants du quartier. Parmi ces passants, une enseignante n’ayant pas pu supporter la misère de  ces enfants, décide de prendre le bébé. Après quelques jours  à la recherche d’une structure qui l’accueillerait, elle fait la découverte providentielle de SOS Villages d’ Enfants à Bobo-Dioulasso, dans le quartier Sarfalao,  commune de  Dafra.
Parvenue aux portes du Village d’Enfants SOS, l’institutrice parvient, à coups de supplications, à faire admettre le bébé de trois mois. Pour la Maman SOS,  la première nuitée avec sa future enfant est un long moment de compassion. La Maman SOS ayant été sensible à l’état critique de l’enfant, ne put retenir ses larmes, la première nuit fut celle des larmes de la Mère SOS et des vomissements de Christelle. Allait – elle survivre ?
Comme si le malheur ne venait jamais seul, le chargé de l’accueil familial tient tout de même au respect des règles d’admission des enfants. Il envisage même un retour du bébé dans l’attente de la traditionnelle enquête.  Dans les pleurs, la Maman SOS attire l’attention du responsable de l’accueil familial que l’enfant risquerait de perdre la vie si elle retournerait  vivre sous le camion. Elle s’est donc opposée de façon catégorique. Quelques jours après son admission, l’enquête a permis d’accueillir son frère aîné Georges.
Que devient alors le père des deux enfants ? L’institutrice qui a retrouvé les enfants, lui a trouvé un travail  d’éboueur. Ce travail lui permet à peine de vivre, les difficultés qu’il vit le pousse vers l’abus d'alcool. Il erre  donc de cabarets en cabarets dans l’espoir de noyer ses soucis.

Si Henri pouvait avoir quelque lucidité pour apprécier les bons résultats scolaire de Georges et de Christelle ! Leur maman SOS a  su leur donner le goût de la vie. Elle est une maman exemplaire qui donne de l’affection et de précieux accompagnements pour la réussite de ses enfants SOS. Georges et Christelle sont d’excellents petits écoliers dont on se disputerait la paternité.
Christelle et sa Mère SOS
Le visage  souriant de Christelle aujourd’hui est comparable  à la beauté des pétales d’une fleur aux milles couleurs qui s’ouvre à la nature au contact de la rosée du matin. La page des difficultés est maintenant tournée à jamais. Avec les autres enfants du village, ces deux enfants sont bien intégrés et sourient à la vie.

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